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Faut-il débattre avec l'extrême droite, ou la combattre?

Faut-il débattre avec l'extrême droite, ou la combattre?
Barricade des Arditi del Popolo, mouvement antifasciste italien (1919-1922). Source

Une polémique est survenue le jeudi 23 octobre dernier. L'élément déclencheur: les maisons d'édition Lux et Écosociété ont publié des commentaires incendiaires suite à la publication du nouveau livre de Mathieu Bock-Côté, Les Deux Occidents: de la contre-révolution trumpiste à la dérive soviétique de l'Europe occidentale (Éditions du Cerf, 2025). Lux a alors publié ce commentaire en matinée:

Le nouveau roman de l'extrême droite. L'héroïque et un peu bouffonne contre-révolution trumpiste fait reculer la vilaine Europe occidentale dont le «progressisme» ne serait que les habits neufs du soviétisme. Où l'on apprendra que la liberté est menacée «au nom de la démocratie, des droits de l'homme, du pluralisme et de l'État de droit». Voilà un auteur qui met son imagination au pouvoir!

Quelques minutes plus tard, Écosociété ajoute de l'huile sur le feu avec une publication jouant sur le même ton polémique:

L'idéologue, faux rebelle et victime devant l'Éternel, Mathieu Bock-Côté, s'apprête à forcer dans nos gorges sa nouvelle chimère. Par un heureux hasard, le livre FASCISME TRANQUILLE – dans lequel un chapitre lui est d'ailleurs consacré – paraîtra la semaine prochaine en librairie. Tandis que l’impensable se banalise et que les frontières entre la droite conservatrice traditionnelle et les idées d’extrême droite se brouillent, nous avons plus que jamais besoin d’y voir clair.

On pouvait sans douter, le principal intéressé fut offusqué par ce tir groupé. Il répliqua aussitôt en se présentant comme une victime de censure. Cela était prévisible, car à chaque fois que Bock-Côté se fait critiquer, il prétend être la cible d'une campagne de diffamation ou de diabolisation.

Je n'ai pas l'habitude de répondre à ceux qui me vomissent en public, mais là, franchement, je confesse mon étonnement ! Voilà deux éditeurs, des éditeurs, j'insiste, qui lancent une campagne de diabolisation contre mon livre... sans même l'avoir lu ! Autrement dit, ce livre ne devrait pas paraître, disent ces éditeurs, qui seraient bien tristes qu'on fasse de même avec leurs bouquins ! Ce qui n'empêche pas l'un des deux de s'appuyer sur mon bouquin pour faire la promo du nouveau livre d'un de ses auteurs ! La gauche radicale m'étonnera toujours.

Comme cette petite chicane me concernait en partie, notamment avec Écosociété qui a en profité pour promouvoir mon livre qui paraîtra le 29 octobre en librairie, je me devais de répondre. J'aurais pu répliquer avec un ton tout aussi ironique ou dénonciateur, mais j'ai plutôt décidé de faire preuve de magnanimité. Comme je serai éventuellement appeler à débattre et/ou à répondre aux attaques de Bock-Côté, de chroniqueurs populistes, d'autres conservateurs et de possibles groupes d'extrême droite, j'ai alors misé sur la nuance et une tactique d'apaisement dans ma publication sur Facebook.

Le ton employé par Lux et Écosociété était assez provocateur à mon avis, de manière à susciter la polémique. Mais s'agit-il d'une campagne de diabolisation, d'un appel à l'annulation ou d'une volonté que son livre ne paraisse pas? Pas du tout: ces éditeurs se lancent dans la mêlée de la guerre culturelle, que Bock-Côté mène lui-même sur ses multiples tribunes depuis des années. Par ailleurs, il me semble tout à fait normal qu'un éditeur fasse la promotion des livres de ses auteurs! Pour ma part, je ne vais pas me prononcer sur le dernier livre de Bock-Côté avant de l'avoir lu. Je l'ai d'ailleurs commandé pour le lire attentivement, comme je l'ai fait pour l'ensemble de ses précédents livres avant d'écrire le chapitre "Mathieu Bock-Côté, intellectuel organique de la Renaissance conservatrice" dans mon dernier ouvrage. Enfin, j'ai été invité à une entrevue à l'émission de radio Les faits d'abord ce samedi, où je parlerai de mon nouveau livre Fascisme tranquille. Je suis tout à fait ouvert à débattre respectueusement avec M. Bock-Côté s'il souhaite échanger sur son ouvrage et/ou débattre d'idées. Trop souvent, on accuse la "méchante gauche radicale" ou la "méchante extrême droite" de ne pas vouloir débattre, et de vouloir seulement écraser son ennemi à tout prix. Je suis peut-être naïf, mais je crois qu'on peut encore débattre avec nos adversaires sur diverses tribunes, en faisant preuve de respect et de décence, afin de ne pas rester dans nos chambres d'écho. Je ne suis pas du genre à insulter mes interlocuteurs, et si un débat entre "gauche radicale" et "droite radicale" doit avoir lieu, je suis preneur!

Une invitation au dialogue?

Mon appel au débat a suscité de vives réactions, avec des centaines de commentaires sous ma publication venant de personnes progressistes, centristes et conservatrices. Il m'est impossible de répondre à l'ensemble de ces interventions, mais celles-ci peuvent être regroupées en trois grandes catégories: 1) bravo, vous faites preuve d'ouverture, il faut savoir dialoguer avec nos adversaires, on vous encourage à débattre avec Bock-Côté ; 2) on ne débat pas avec les fascistes, c'est un piège, il faut les combattre, pas les normaliser ; 3) oui, on peut parfois débattre avec eux, mais dans des circonstances précises et avec un bon encadrement, en faisant preuve de prudence.

Quelle est ma position parmi ce spectre d'opinions? Commençant d'abord par la première approche, celle de la liberté d'expression sans réserve et de l'ouverture maximale au dialogue. Ce n'est pas ma position, et voici pourquoi. Je crois d'abord fortement au principe de liberté d'expression, dans le respect de la loi qui interdit le discours haineux notamment. On doit pouvoir débattre entre personnes de gauche, de centre ou de droite, incluant la gauche radicale et les personnes ayant des positions très conservatrices, dans certaines limites fixées par des principes de respect mutuel et de dignité humaine.

À ce titre, je ne crois pas qu'il soit acceptable de débattre avec une figure comme Alexandre Cormier-Denis par exemple, un militant d'extrême droite se qualifiant lui-même d'ethno-nationaliste, qui a tenu maints propos dignes du racisme biologique et de la xénophobie décomplexée. Je suis donc d'accord avec plusieurs personnes qui refusent catégoriquement de débattre avec lui ou de tolérer sa présence dans l'espace public, à l'instar de Fabrice Vil dans son texte La haine ne mérite pas de tribune. Bref, il ne faut pas contribuer à normaliser les franges marginales de la droite extrémiste, comme l'a fait le magazine Urbania dans son portrait qui le présentait un comme une sorte de rebelle infréquentable.

Cela dit, Mathieu Bock-Côté n'est pas Alexandre Cormier-Denis. Le premier est un ultra-conservateur proche des milieux d'extrême droite (en France notamment), avec une immense audience, plusieurs ouvrages à son actif, et un talent oratoire lui permettant de garder une "respectabilité médiatique" malgré ses idées radicales. Le second, de son côté, est un néofasciste pur et dur avec des propos outranciers, un nano-influenceur surtout actif sur X et sa chaîne Nomos-TV, banni de la majorité des milieux souverainistes, et donc une figure facile à ignorer.

Vaut-il la peine d'essayer de débattre avec le premier et d'exclure d'emblée le second? Certaines personnes diront que les deux portent la même vision politique, mais avec un habillage différent: l'un a un discours plus soigné et rusé, lui permettant de multiplier les tribunes médiatiques sans se faire taxer d'extrémiste, alors que le second a misé sur un style plus direct, franc et grossier, ayant le mérite de mettre cartes sur table, mais de l'exclure d'emblée de la fenêtre d'Overton.

Selon cette lecture, on aurait ici les deux visages de l'extrême droite: un côté nature et un côté givré, pour prendre la métaphore des céréales Mini-Wheats. Notons ici qu'on parle d'une différence de style au niveau du discours, car au niveau des choix vestimentaires, Bock-Côté et Cormier-Denis semblent privilégier les mêmes goûts en termes de look "dandy", le veston-cravate étant signe d'élégance masculine et conservatrice.

Une différence de discours entre Mathieu Bock-Côté et Alexandre Cormier-Denis, mais un même look vestimentaire.

On ne débat pas avec les fachos!

Un discours qu'on entend souvent dans les milieux de gauche (et antifascistes), c'est qu'il est inutile, voire contreproductif, nuisible ou dangereux de débattre avec les personnes d'extrême droite, peu importe leur allégeance spécifique ou leur influence médiatique. Débattre avec un militant nationaliste conservateur, un intellectuel polémique d'extrême droite comme Éric Zemmour, ou encore un néonazi prêt à commettre des actions violentes contre des immigrants ou des gauchistes, tout cela serait des différences accessoires.

Je caricature un peu ici, mais j'ai maintes fois entendu cette injonction morale dans les cercles progressistes, mot d'ordre qui semble s'appliquer de façon unilatérale à tout ce qui se rapproche de près ou de loin à l'extrême droite. À mon avis, refuser de débattre d'emblée avec nos adversaires idéologiques, voire nos ennemis politiques, me semble une erreur stratégique importante, et ce pour au moins trois raisons.

Premièrement, il faut rappeler que le spectre gauche/droite représente un continuum, et qu'il existe donc plusieurs degrés ou nuances au sein de la droite, même si les mêmes idées peuvent être reprises avec des formes et niveaux d'intensité variables. Par exemple, refuser catégoriquement de débattre avec le chef du Parti québécois Paul St-Pierre-Plamondon (PSPP), parce que celui-ci reprendrait des procédés similaires au trumpisme et à certains thèmes de l'extrême droite française, mais de façon plus nuancée et modérée, en le traitant d'emblée de "fasciste", m'apparaît comme nettement exagéré.

De plus, cela donne raison aux centristes et aux conservateurs qui accusent la gauche d'abuser de l'étiquette fasciste pour disqualifier ses adversaires, en utilisant cette expression de façon dogmatique et mal avisée. Autrement dit, même si le PQ a opéré un réel virage à droite depuis trois ans, l'idée qu'il faudrait traiter Cormier-Denis et PSPP sur un pied d'égalité, en les considérant tous deux comme des interlocuteurs illégitimes, représente un écueil important à éviter.

Deuxièmement, la question de la "visibilité médiatique" ou de "capital politique" représente une variable cruciale à prendre en compte. Si des groupuscules néofascistes ne méritent pas qu'on s'intéresse à eux (sauf pour les discréditer, les perturber et les empêcher d'élargir leurs appuis), des figures comme Bock-Côté, des leaders d'opinion conservateurs (comme Charlie Kirk) et des politiciens d'extrême droite sont plus difficiles à ignorer. Autrement dit, l'argument selon lequel parler de Bock-Côté, de partager ses chroniques, de le lire sérieusement ou de débattre avec lui contribuerait à le "normaliser" ou à lui accorder une importance non-méritée sur le plan intellectuel, m'apparaît comme faible et invalide, surtout en 2025.

S'il avait fallu empêcher Bock-Côté de se frayer une niche dans l'espace médiatique ou freiner la diffusion de ses idées de droite populiste, c'est plutôt entre 2007 et 2012 qu'il aurait fallu intervenir. Cela aurait pu passer par des contre-discours plus offensifs, ou encore en évitant l'inviter systématiquement sur les plateaux de télé, de lui donner une chronique au Journal de Montréal, de lui donner un micro régulièrement pour commenter d'innombrables sujets de l'actualité, de multiplier ses tribunes au Québec et en France.

Il faut l'admettre, Bock-Côté est un entrepreneur médiatique hors pair. À défaut d'avoir obtenu une reconnaissance dans le monde académique, il a su se forger sa reconnaissance médiatique via un long et patient travail d'enracinement, de maîtrise des codes médiatiques et de procédés discursifs qu'il a affiné depuis une vingtaine d'années. Qu'on le veuille ou non, il est donc devenu une figure incontournable de l'espace médiatique et politique québécois. Qu'on le commente ou qu'on l'ignore, qu'on l'admire ou qu'on le traite de fasciste, qu'on publie des posts incendiaires à son sujet sans partager le lien vers sa dernière chronique pour éviter de lui donner des clics, ou qu'on partage sa chronique sur les médias sociaux en s'adressant à lui directement, ses idées continuent de circuler. Il trouve toujours des manières de faire parler de lui, qu'on l'aime ou qu'on l'haïsse, et c'est là l'un de ses talents.

Un débat direct ou indirect?

Cela m'amène spontanément au troisième point: que veut dire au final "débattre" avec Mathieu Bock-Côté? Selon le dictionnaire Antidote, débattre signifie "soumettre (une chose en projet) à un examen contradictoire, en discuter en en examinant les différents aspects avec un ou plusieurs interlocuteurs". À ce titre, on débat déjà amplement les idées et les chroniques de Bock-Côté au sein de la gauche au Québec depuis une quinzaine d'années. Certaines figures progressistes acceptent d'échanger directement avec lui dans certains espaces médiatiques, que ce soit à travers des débats télévisés (pensons à Amir Khadir qui croise le fer périodiquement avec Bock-Côté à l'émission La Joute à TVA), ou à travers des échanges de lettres ouvertes ou de chroniques contradictions au sein des médias traditionnels comme Le Devoir, La Presse et le Journal de Montréal.

Les franges de la gauche radicale qui refusent catégoriquement de discuter avec lui débattent encore de ses idées, mais de façon indirecte. Par exemple, on voit parfois de longs commentaires sur Facebook ou Instagram de personnes qui répondent à ses idées, avec un style argumentatif et posé, visant à déconstruire la pensée bock-côtiste par une série de contre-arguments, de faits, etc. On peut aussi lire des répliques plus tranchées qui privilégient un style plus combatif, le franc-parler et les émotions, rappelant parfois un certain "populisme de gauche" qui n'a pas peur de la conflictualité et du clivage idéologique. Dans les deux cas, on a affaire à un débat via des prises de paroles parallèles ou en mode "asynchrone", quoique rythmées par l'actualité et la dynamique propre aux polémiques médiatiques.

Les gens ne se parlent pas en mode face-à-face, directement, comme dans une émission de télévision ou de radio animée par une personne tierce; elles débattent, se chicanent, voire s'engueulent et s'insultent, par le biais de leurs propres pages personnelles ou de leurs tribunes respectives. Dans un contexte politique de forte polarisation et de chambres d'écho amplifiées par les plateformes numériques, les algorithmes et la course aux likes, il est vrai que ce second mode de "débat indirect" est devenu prédominant. Mais il faut reconnaître qu'il s'agit toujours ici de débats politiques, quoique médiatisés par des plateformes, des prises de parole asynchrones, et des commentaires écrits (ou audiovisuels) soigneusement calibrés.

Dans ce contexte d'espace public saturé par les technologies numériques, l'idée qu'il ne faudrait pas "débattre" avec l'extrême droite apparaît donc absurde ou contradictoire; dès qu'on en parle ou qu'on commente celle-ci, on débat avec elle. La vraie question est plutôt la suivante: comment la gauche devrait-elle débattre avec l'extrême droite, d'un point de vue éthique et/ou stratégique?

Faut-il privilégier le débat direct, le débat indirect, ou un mélange des deux? Faut-il miser sur une ouverture au dialogue respectueux, ou bien se lancer dans une guerre culturelle sans merci en discréditant d'emblée son adversaire? Faut-il privilégier la publication de lettres ouvertes et de livres dénonçant le fascisme, ou bien miser sur des podcasts indépendants de "gauche décomplexée" pour faire un miroir à l'extrême droite, et la combattre dans la rue? C'est ici qu'on arrive au cœur du problème à mon avis.

Du débat au combat

Voilà donc enfin ma position: dès qu'on considère qu'il est important de résister à la montée de l'extrême droite, la question n'est pas de savoir s'il faut la combattre à tout prix ou bien débattre avec elle, comme s'il s'agissait de deux options exclusives.

Pour combattre la vague autoritaire, il faut inévitablement débattre avec elle, c'est-à-dire "soumettre [ses idées, mythes, récits] à un examen contradictoire, en discuter en examinant ses différents aspects avec un ou plusieurs interlocuteurs". Bref, combattre et débattre vont main dans la main; il s'agit de deux aspects d'une même dynamique politique, ou deux attributs d'une même substance, pour employer le langage du philosophe Baruch Spinoza.

Certaines personnes souligneront à juste titre que débattre et combattre ne sont pas exactement la même chose. Le mot "débattre" renvoie davantage à l'argumentation rationnelle, à l'échange d'idées ou au dialogue entre deux interlocuteurs cherchant à se convaincre mutuellement de la validité ou de la justesse de leur position sur un sujet déterminé. Par contraste, le mot "combattre" réfère à une action plus déterminée, une opposition active à un phénomène qui représente une menace importante. Selon Antidote, combattre signifie:

Lutter contre ; opposer une résistance à. Ex: Combattre l’envahisseur. Combattre un incendie. Combattre la maladie. Combattre ses sentiments. Les soldats n’arrivaient plus à combattre tant ils étaient épuisés. Combattre pour la paix. Combattre pour la justice. Combattre pour une bonne cause.

C'est en ce sens sans doute qu'une partie de la gauche aujourd'hui affirme haut et fort qu'il ne faut pas débattre avec l'extrême droite, mais la combattre. Cela voudrait dire qu'il ne faudrait pas perdre son temps avec une conversation rationnelle ou un échange d'arguments dans un cadre posé (une émission de radio par exemple), mais plutôt miser sur des stratégie de résistance et des actions plus directes pour faire reculer l'ennemi.

Cette distinction est cruciale à plusieurs égards, car cela renvoie à des stratégies d'action, des affects, des discours, des logiques d'affrontement et des techniques de mobilisations bien différentes, voire contradictoires. Or, au lieu de considérer les termes "débattre" et "combattre" comme deux éléments absolument opposés et incompatibles, dans une logique binaire, pourquoi ne pas les combiner dans une approche stratégique ou une "unité dynamique"? Si on emprunte le langage de Hegel ou de Marx, on parlera alors d'une logique "dialectique" ou de la "praxis", c'est-à-dire d'une articulation étroite entre théorie et pratique, dépassant les insuffisances de chaque élément opposé.

D'une part, associons d'emblée l'aspect "débat" à l'action politique, qui consiste à échanger des paroles et des actes dans un espace commun, pour paraphraser la conception politique d'Hannah Arendt. Précisons aussi que le mot "débat" implique un échange contradictoire voire conflictuel, raison pour laquelle il ne s'agit pas d'une simple conversation ou d'une discussion apaisée. L'espace politique est toujours traversé de tensions et de relations de pouvoir. Bref, apprendre à débattre consiste précisément à apprendre à naviguer dans le champ politique pour faire avancer ses idées et à rallier une masse critique de gens à une cause, une décision ou un projet. Débattre n'est pas voguer sur un long fleuve tranquille.

D'autre part, nous pouvons lier l'aspect "combattre" à l'action militante, militaire et/ou métapolitique, c'est-à-dire l'ensemble des éléments dépassant les codes traditionnels de la vie politique et visant à gagner sur un adversaire. Cela implique tout un ensemble de tactiques et de stratégies, qui interviennent lorsque les moyens habituels du débat politique ont échoué.

Comme l'a jadis remarqué Martin Luther King: " Ce qu'il faut comprendre, c'est une émeute est le langage des sans-voix". Dans son livre Le langage des sans-voix. Les bienfaits du militantisme pour la démocratie (Écosociété, 2016), Stephen d'Arcy considère que l'idéal démocratique consiste à recourir en premier lieu à la délibération politique, soit la capacité à surmonter un conflit et/ou à parvenir à une décision collective par le biais du débat et l'échange public d'arguments.

Or, lorsque l'asymétrie des rapports de pouvoir ou d'autres conditions empêchent l'idéal démocratique de se réaliser ou de parvenir à des décisions équitables, il devient légitime de recourir à des moyens "non-délibératifs" pour faire entendre sa voix et gagner une cause. C'est alors qu'on peut envisager des actions comme les manifestations, mais aussi la désobéissance civile, l'action directe perturbatrice, le sabotage, l'émeute, voire la lutte armée (dans des cas extrêmes).

Bien sûr, il serait indésirable voire dangereux de passer immédiatement du débat démocratique à la lutte armée ou d'autres formes d'action aussi violentes, surtout si les autres moyens non-violents n'ont pas été essayés. Si le débat échoue, on peut combattre, en procédant à une escalade des moyens de pression. Mais le but ultime du combat est de revenir à l'arène politique du débat démocratique.

La continuation du combat par d'autres moyens

Une série de critères éthiques et stratégiques doivent donc être considérés dès lors qu'on quitte la sphère du simple "débat" pour tenter de combattre l'adversaire par d'autres moyens plus musclés. Dans cet esprit, on voit que le fait de débattre ou de combattre représentent deux pôles d'un continuum ou d'un spectre, où un élément peut se poursuivre dans l'autre et inversement.

Pour reprendre une célèbre citation de Carl von Clausewitz: "la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens". Michel Foucault a d'ailleurs renversé cette citation en affirmant que "la politique est la continuation de la guerre par d'autres moyens". À mes yeux, ces deux thèses sont vraies et complémentaires. On ne peut réduire la politique à la guerre, ou inversement ; mais les deux peuvent se prolonger dans l'autre en transformant leurs moyens d'action.

Une fois qu'on reconnaît cette interaction complexe entre "débat" et "combat", faut-il privilégier une approche sur une autre? Comme vous le devinez sans doute, cela dépend fortement du contexte, du rapport de forces entre adversaires, des objectifs visés, de l'évaluation des risques, etc. Encore une fois, la question n'est pas de savoir s'il faut débattre OU combattre, mais comment débattre ET combattre, en articulant ces deux dimensions de façon prudente et stratégique pour avoir un maximum d'impact.

Mais comment trouver le parfait dosage ou le "juste milieu" dans une situation concrète? Il n'y a pas de recette magique, mais je l'avoue d'emblée, je suis adepte du principe stratégique de la "diversité des tactiques". Cette pratique largement influente au sein des mouvements sociaux altermondialistes et libertaires depuis le début du XXIe siècle consiste à dire qu'il est nécessaire de dépasser les chicanes sur les actions violentes/non-violentes, et admettre qu'une pluralité de moyens d'action peuvent être compatibles tout en visant un adversaire commun.

Cela ne veut pas dire que toute action militante serait bonne en soi ou que "tout est permis", sans quoi on sombrerait dans un relativisme moral complet. Or, il est nécessaire de sortir des débats moralisateurs et abstraits faisant la promotion exclusive d'un moyen d'action fétiche (la désobéissance civile non-violente par exemple, ou encore l'insurrection pour les plus radicaux), comme s'il y avait une seule façon moralement acceptable de lutter pour la justice sociale.

En termes plus simples, je suis en faveur du principe "bon cop, bad cop", c'est-à-dire un mélange d'actions plus modérées et d'autres plus musclées, articulant une contribution active au débat public et d'autres interventions débordant ce cadre plus argumentatif et policé. Mais comment éviter que ce drôle de mélange devienne incohérent, chaotique ou cacophonique? Comment éviter le piège du réformisme qui sombre dans la compromission avec l'adversaire, et du radicalisme rigide qui s'enferme dans son entre-soi et la marginalité du purisme moral? Comment éviter que la diversité des tactiques devienne un nouveau dogme, nous empêchant de penser à une stratégie plus rassembleuse et efficace?

Le principe de la diversité des tactiques ne doit pas être un mot d'ordre visant à clore le débat, comme un argument-massue visant à faire taire toute critique. C'est un point de départ invitant à d'autres questions plus intéressantes et complexes. Par exemple: comment combiner diverses tactiques pour contrecarrer l'extrême droite, que ce soit sur les médias sociaux, les médias mainstream, l'arène parlementaire, etc. Je n'ai pas de réponse universelle ici, car chaque "arène d'interaction" ou "champ d'action stratégique" mérite une réflexion politique propre, visant à démêler la portion de "débat" ou de "combat" à mener dans chaque sphère.

La division du travail militant

Un autre principe qui m'est cher, et qui est concomitant à celui de la diversité des tactiques, est la "division du travail militant". Qu'est-ce que cela signifie? Tout comme la "division du travail social" théorisée par le sociologue Émile Durkheim, je crois que le travail militant devrait s'inspirer de la division fonctionnelle des tâches, des réseaux d'interdépendance, de la coordination des échanges et de la solidarité organique qui émergent de la complexification des fonctions et activités économiques au sein des sociétés modernes.

Chaque personne milite ne peut pas tout faire, c'est évident. Après tout, on a seulement 24 heures dans une journée. Chaque personne devra donc choisir de canaliser ses actions en fonction de ses besoins, talents, compétences, intérêts et connaissances dans une ou quelques zones d'influence, où son temps et ses énergies seront mieux "investies" pour faire une différence dans le monde. Bref, il est plus productif de miser sur nos complémentarités et nos forces respectives, plutôt que d'exiger que tout le monde joue le même rôle ou se fonde dans le même moule.

Ensuite, s'il y avait une certaine "coordination" des actions militantes découlant des "besoins et capacités" de chaque personne, un jeu de complémentarités et des synergies entre ces diverses fonctions, on pourrait espérer qu'un changement social global puisse émerger. Les libéraux ont longtemps cru à la "main invisible" du marché, selon la métaphore de l'économiste Adam Smith. Pourquoi ne pas théoriser à notre tour une "main invisible du changement social" favorisant l'intérêt général en fonction d'une allocation efficiente des énergies militantes?

En d'autres termes, la complexité aiguë des crises actuelles, l'extrême diversité des compétences, ainsi que l'absence d'un récit de gauche consensuel nous mènent à privilégier une division des rôles au sein des forces du changement. C'est ce que j'appelle la "division du travail militant", qui combine la division des tâches à une certaine forme de coordination ou de solidarité entre groupes militants. Je fais l'hypothèse que cela permet d'augmenter l'efficacité de nos luttes pour le changement social.

Cela ne veut pas dire que toutes les tactiques soient forcément complémentaires, ou que toutes les forces progressistes doivent marcher ensemble main dans la main. Bien sûr, il peut y avoir des désaccords et des frictions. Mais au lieu d'investir toutes nos énergies militantes dans les chicanes internes, on peut tenter d'agir chacun de notre manière, sur nos propres bases ou au sein de groupes très différents, tout en essayant de viser dans la même direction malgré la diversité des moyens. À une autre époque, Léon Trotsky évoquait le principe suivant:

Marcher séparément, frapper ensemble ! Se mettre d'accord uniquement sur la manière de frapper, sur qui et quand frapper ! On peut se mettre d'accord sur ce point avec le diable, sa grand-mère et même avec Noske et Grzesinski. A la seule condition de ne pas se lier les mains.

Une question de privilèges

Un autre élément essentiel à ne pas négliger dans la division du travail militant concerne les relations de pouvoir et les privilèges. Il faut le répéter: tous et toutes n'ont pas les mêmes opportunités à pouvoir débattre et/ou combattre dans l'arène politique en raison de leur position sociale. Les risques associés aux prises de paroles sont distribuées de façon très inégale entre les hommes et les femmes, les personnes blanches et racisées, les professionnels des classes supérieures et les groupes en situation de précarité économique. Un exemple parmi d'autres est la cyberviolence que subissent les femmes de façon disproportionnée dans les débats en ligne, comme le montre bien le documentaire de Léa Clermont-Dion et Guylaine Marois Je vous salue salope. La misogynie au temps du numérique.

De mon côté, il m'est souvent arrivé de me faire insulter en ligne en raison de mes positions politiques, mais je n'ai jamais reçu de remarques dégradantes liées à mon apparence physique, des propos sexistes, des appels au viol ou des menaces de mort. En tant qu'homme blanc jouissant du statut de professeur d'université, je ne me suis jamais fait dire "retourne dans ton pays!", ou insinuer que je n'avais pas la légitimité pour me prononcer sur des enjeux d'intérêt public. Et comme mon emploi est protégé par la liberté académique qui me permet d'intervenir dans l'espace médiatique sans risquer de me faire réprimander par mon employeur, je jouis d'un privilège important qui doit être jumelé à une grande responsabilité.

Comme chaque personne se retrouve à l'intersection de plusieurs relations de pouvoir, avec des avantages et des discriminations de niveau variable, mais aussi avec des capacités et des intérêts multiples, il est donc impossible d'exiger que tout le monde intervienne de la même façon pour débattre avec ses adversaires. C'est pourquoi certaines personnes ont exprimé un vif désaccord suite à mon invitation à débattre avec Mathieu Bock-Côté, comme si je désirais que la majorité des gens acceptent de discuter avec lui. Comme le rappelle bien Pascale Cormier avec un commentaire sous ma publication Facebook, le débat démocratique est d'abord possible dans un contexte de réciprocité.

Je suis tout-à-fait d'accord avec vous : « on peut encore débattre avec nos adversaires sur diverses tribunes, en faisant preuve de respect et de décence. » Seulement, le respect et la décence, ça doit être mutuel : ça ne peut pas être une voie à sens unique. Me demander de faire preuve de « respect » et de « décence » envers quelqu’un qui me conchie sur toutes les tribunes en tant que femme trans, qui considère que ma condition relève de la maladie mentale, qui me méprise ouvertement et voudrait me voir disparaître, c’est me demander l’impossible. On ne demande pas à une Juive d’échanger sereinement avec un nazi violemment antisémite. On ne demande pas à un Noir de débattre élégamment avec un membre du KKK.

Je suis tout à fait d'accord avec cette affirmation, et c'est pourquoi je souhaite éviter tout malentendu: mon appel à débattre avec Bock-Côté me concernait moi-même ; je ne demanderais pas à des femmes trans, à des musulmanes portant le hijab ou à des personnes réfugiées de discuter calmement au micro avec lui à l'émission d'Alain Gravel, à moins que ces personnes en aient envie et soient bien préparées. Si certains individus se sentent davantage en capacité d'affronter leur adversaire dans un débat en face-à-face, en raison de leur motivation ou de leur statut social, tant mieux; si d'autres personnes préfèrent utiliser d'autres moyens d'action pour exprimer leur désaccord et résister à l'adversaire, tant mieux également. La division du travail militant s'applique toujours ici.

Enfin, certaines personnes pourraient dire qu'il est certes légitime pour une personne dotée de certains privilèges de débattre avec un adversaire idéologique, mais que cela reste inutile. Pourquoi se donner la peine de lui répondre, quand on connaît déjà son discours et sa rhétorique? Pourquoi donner un autre micro à Mathieu Bock-Côté, au lieu de simplement le critiquer en ligne?

À mon humble avis, l'une des raisons pourquoi la gauche perd la guerre culturelle en ce moment est qu'elle a tendance à mépriser ses adversaires et à ne pas les prendre suffisamment au sérieux. Elle fait comme si ça ne valait pas même la peine d'élaborer des contre-discours efficaces et de les diffuser largement dans l'espace médiatique, dans une pluralité de formats pour rejoindre différents public cibles. Elle prend pour acquis qu'elle a raison, et que de longs commentaires sur Facebook ou des carrousels sur Instagram seraient suffisants pour mener la lutte idéologique. Or, c'est là à mon avis l'un des angles morts de la gauche contemporaine, et je m'inclus dans cette critique.

Pour reprendre du terrain au niveau de la bataille des idées, il faut multiplier les axes d'intervention, que ce soit sur les médias sociaux, les médias traditionnels, l'éducation populaire et les milieux culturels. Il y a une multitude de manières de débattre et de combattre, de façon directe et indirecte, avec des discours plus rationnels et des récits faisant appel à l'imagination, avec des tons plus posés ou d'autres voix plus polémiques. Comme je l'explique dans mon nouveau livre:

La guerre culturelle se mène de façon collective et il faut l’assumer. Si certaines personnes se retirent pour s’accorder un répit, d’autres doivent prendre le relais en partageant des perspectives similaires, le tout avec des espaces de care et de solidarité pour encaisser les coups et ne pas rester isolés sur la « ligne de front ». Cette stratégie multiplateforme doit absolument passer par le théâtre, la musique, l’art public, les collages d’affiches, la performance ou d’autres formes artistiques qui peuvent se déployer avec des discours politiques radicaux et sensibles à la fois, qui percutent les imaginaires, ouvrent de nouveaux horizons et renouent avec le subversif.

Pour reprendre l'offensive, il ne faut pas miser sur une ligne politique commune et un ton uniforme, mais une diversité de profils.

Une diversité de profils

Certaines personnes sont meilleures pour débattre dans un style argumentatif, à la fois radical et nuancé. Je donne ici l'exemple de l'historien Alexandre Dumas qui intervient fréquemment sur les médias sociaux avec de longues analyses écrites, et qui vient de lancer son nouveau balado "Woke tant qu'il le faudra". Je m'inclus moi-même dans cette catégorie d'universitaires de gauche ayant un certain intérêt pour le débat public, à mi-chemin entre l'argumentation rationnelle, la production d'ouvrages scientifiques, le militantisme et les chicanes sur les médias sociaux.

Par contraste, d'autres personnes témoignent d'un plus grand talent en matière de débats politiques plus tranchés, mobilisateurs, humoristiques, littéraires et/ou poétiques. J'ajoute ici des figures comme Marie-Élaine Guay, Catherine Dorion, Coralie LaPerrière, qui savent articuler critique sociale, discours senti, humour et capacité à "fouetter les troupes" par un style plus direct, affectif et sans fioritures.

On peut aussi ajouter un autre profil de personnalités de gauche au sein du débat public, capable de jouer davantage dans "l'espace médiatique mainstream", à l'instar d'Émilie Nicolas ou encore de ma complice et épouse Maïka Sondarjee. Toutes deux sont des chroniqueuses dans les pages du Devoir, elles interviennent régulièrement à Radio-Canada comme commentatrices de l'actualité, elles comprennent les codes du milieu médiatique tout en faisant un patient travail pour diffuser des lignes progressistes dans un milieu dominé par les idées centristes et conservatrices. Toutes deux animent aussi un podcast en parallèle pour discuter de différentes thématiques, comme Détours et On se livre.

Je reste ici au niveau des lieux d'interventions au sein du débat public, sans mentionner les multiples stratégies actives et en préparation qui visent à combattre l'extrême droite à d'autres niveaux. Cela montre déjà qu'il n'y a pas une seule façon de s'opposer aux courants conservateurs, populistes et autoritaires, et qu'on peut envisager des complémentarités entre différents tons et postures.

Bock-Côté veut-il débattre avec la gauche?

Je terminerais cette réflexion politique avec un point à la fois banal et révélateur: Mathieu Bock-Côté ne semble pas intéressé à débattre avec la gauche.

Revenons au début de mon texte. Suite aux publications de Lux et Écosociété le 23 octobre, Bock-Côté a répliqué rapidement en se prétendant victime d'une campagne de diabolisation. De mon côté, j'ai été invité la même journée à participer à l'émission Les faits d'abord pour parler de mon livre Fascisme tranquille. Bock-Côté fut également invité à participer à cette émission pour parler de son livre Les Deux Occidents, et à échanger avec moi suite à polémique lancée par Lux et Écosociété.

Ma publication Facebook du 23 octobre invitant Bock-Côté à débattre dans le cadre de cette émission était à la fois sincère et stratégique. D'un côté, je lis et j'écoute Bock-Côté depuis environ 2008, et je me suis dit qu'un jour je serais peut-être appelé à débattre avec lui en face-à-face. Bien que plusieurs redoutent son style rhétorique qui ne semble pas incarner une posture d'écoute, j'avoue que cela ne me fait pas peur personnellement, et que ça me permettrait de lui répondre du tac au tac, plutôt qu'à devoir répondre par un long texte ou une entrevue en différé. De plus, Bock-Côté a rarement devant lui des interlocuteurs de gauche assumée, et je me dis que ça serait bien de mettre un peu de piquant dans tout ça.

D'autre part, je suis tout à fait conscient que Bock-Côté n'a pas tendance à faire preuve de générosité intellectuelle envers ses adversaires, privilégiant le style du "combat oratoire" plutôt que celui de l'échange rationnel ou du débat apaisé. Je suis donc conscient du fait qu'un débat en direct à la radio avec lui serait compliqué, et Bock-Côté lui-même semblait réticent à participer. On lui proposa une formule en duo avec moi (débat contradictoire), une entrevue sur mon livre suivie d'un commentaire de sa part, ou bien une entrevue avec lui suivie d'un entretien avec moi.

Finalement, Bock-Côté a refusé l'entrevue sans offrir de raison supplémentaire. Voilà qui est dommage, comme l'a souligné Alain Gravel qui a débuté son entrevue avec un extrait audio de Bock-Côté, soulignant qu'il avait décliné l'offre du débat. En faisant preuve de générosité à l'endroit de mon adversaire, il est tout à fait possible que Bock-Côté soit un homme très occupé, qu'il a pesé le pour et le contre d'une telle entrevue ayant lieu un samedi, et qu'il a jugé peu utile de me donner la réplique dans les circonstances.

Une autre hypothèse, sans doute plus probable, est que Bock-Côté n'aime pas vraiment débattre directement avec la "gauche radicale", que ce soit à la télé ou à la radio. Il préfère contrôler le message, marteler ses lignes de communication, répliquer par une publication écrite ou une chronique lorsque cela lui convient, en caricaturant la position de ses adversaires. Bock-Côté ne souhaite pas sincèrement débattre avec la gauche, mais la combattre, l'écraser, l'empêcher à tout prix de progresser par divers stratagèmes rhétoriques.

Ainsi, est-il possible que Bock-Côté reproduise la même ligne politique que la "gauche radicale" qu'il pourfend par ailleurs? Au lieu d'adhérer à la devise "on ne débat pas avec les fachos", il soutient plutôt l'idée selon laquelle: "on ne débat pas avec les wokes". Je me trompe peut-être, mais je le répète encore une fois: cela me fera un grand plaisir de débattre en face-à-face avec des conservateurs et des populistes, non pas pour tenter de les convaincre à tout prix, mais pour offrir un contre-discours de gauche assumée et critiquer le récit de la droite identitaire sur différentes tribunes.