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Marissal, prise 2

Marissal, prise 2
Photo: Édouard Plante-Fréchette, Archives La Presse


Hier, j'ai publié sur Facebook un commentaire bien senti sur le député de Rosemont Vincent Marissal qui a décidé de quitter Québec solidaire pour siéger comme indépendant, alors qu'il essayait de quêter une candidature au Parti québécois pour 2026. Le voici en substance:

J’ai longtemps senti que Vincent Marissal ne se sentait pas tout à fait à sa place dans le caucus de Québec solidaire. Ça faisait un moment déjà qu’il songeait à quitter, flirtant avec l’idée de se présenter à la mairie de Montréal, ou encore de se présenter pour le Parti libéral du Canada.Or, aujourd’hui on a un cas d’école d’opportunisme pur jus. Il négociait depuis des semaines pour se présenter pour le PQ, qui se rapproche évidemment du pouvoir. Or, Marissal avait été très critique du virage identitaire du PQ au moment où il était journaliste à La Presse, et ce virage à droite n’a fait que s’accélérer dans les dernières années. Il n’était pas particulièrement indépendantiste non plus, n’ayant jamais militer pour cette cause, en préférant appuyer Étienne Grandmont que Sol Zanetti dans la dernière course des co-porte-paroles.Marissal ne milite pas pour des idées ou des convictions, mais pour se frayer une place où il a des chances de se faire élire. Marissal a bien sûr tout à fait le droit de vouloir quitter QS s’il ne se sent plus à sa place, mais la manière de quitter fait toute la différence.Ce vire-capot pourrait faire beaucoup de dommages, moins d’un an avant les prochaines élections, en partageant des informations sensibles, stratégiques et confidentielles de QS vers le PQ, qui a déjà le vent dans les voiles. Qui plus est, Marissal en profite pour accuser la base militante de QS de tous les maux, et il vilipende encore l’affaire Haroun Bouazzi un an plus tard. Cela s’explique tout à fait, surtout s’il souhaite entrer au PQ avec des membres péquistes qui l’accueillent à bras ouverts. Il fait ainsi une profession de foi antiwoke ou anti-gauche radicale, qui est la ligne actuelle de PSPP.Pour finir, QS traverse une autre tempête médiatique alors que les choses commençaient à se calmer. Mais mon intuition me dit que cela ne créera pas de nouvelle crise interne. Contrairement aux épisodes liés au livre de Catherine Dorion, le départ d’Émilise et l’affaire Bouazzi, qui avivèrent les tensions et chicanes entre factions du parti, il n’y avait pas vraiment de groupe d’appuis autour de Marissal au sein de QS, car il jouait davantage un rôle de figurant. Je me dit donc que c’est bien au final qu’il quitte, afin de filtrer les candidats opportunistes de la gauche assumée.Au revoir Marissal, et j’irais même jusqu’à dire, bon débarras.

J'essaie généralement de rester serein et analytique dans mes analyses. Mais hier, j'étais visiblement fâché par cette situation, et j'ai terminé mon texte en disant de façon impulsive "bon débarras".

J'ai hésité à modifier mon commentaire, mais je me suis dis qu'il serait mieux d'abord d'écouter le principal intéressé à l'émission Tout le monde en parle, afin d'entendre son point de vue et d'apporter des correctifs si nécessaire.

Eh bien, je maintiens ce soir mon jugement initial: bon débarras. Pourquoi? Voici quelques observations et analyses à chaud de son entrevue.

1. Le départ cacophonique de Marissal n'était pas prévu pour se passer ainsi. Selon lui, il allait annoncé au caucus de QS ce mercredi l'annonce de son départ, mais sa démission aurait été "cochonnée" par une de ses anciennes employées. En fait, QS a été mis au courant plus tôt, et a voulu réagir en l'excluant d'emblée afin que le narratif de Marissal ne prenne pas le dessus. Je peux comprendre que cette situation est fâcheuse et que Marissal avait de bonnes intentions, mais cela demeure un gâchis.

2. Quand Guy A. Lepage et les autres membres du plateau l'ont questionné sur ses flirts avec le Parti libéral du Canada et la mairie de Montréal, montrant ainsi qu'il était une vraie "girouette", Marissal a précisé que "la vie n'est pas linéaire", qu'il change d'idée, qu'il souhaite toujours développer des "solutions raisonnables" pour le Québec. Il a esquivé la question de façon habile, en bon politicien.

3. Lorsqu'il a dit qu'il était arrivé à QS en 2018, il a affirmé que "j'ai essayé de changer le parti, mais j'ai échoué". Marissal a soutenu qu'il s'inscrivait dans la lignée de GND, visant un "recentrage", qui est selon lui un "mot tabou" au sein de QS, en voulant miser sur les enjeux de la classe moyenne. Il a dit notamment avoir été très mal à l'aise lorsque QS a pris position pour les syndicats dans le contexte de la grève de la STM.

4. Quand l'ex-député du PQ Pierre Curzi lui a demandé les raisons de ses "errances", et s'il cherchait avant tout le pouvoir, Marissal a patiné avant d'avouer "le pouvoir m'intéresse, oui".

5. Concernant l'affaire Bouazzi, Marissal reprend les exagérations entourant son ancien collègue, qui aurait soi-disant accusé les 124 député·e·s de l'Assemblée nationale d'être des racistes. Il a même ajouté que dans n'importe quel parti normal, il aurait été mis dehors, mais l'ironie fait en sorte que c'est lui aujourd'hui qui est exclu de QS.

6. Lorsque Guy A. Lepage a demandé à Marissal s'il endossait le "conservatisme identitaire" du PQ sous le leadership de Paul St-Pierre-Plamondon, il a répliqué en disant que c'était une étiquette utilisée par l'animateur (et donc sans fondement). Mais quand Lepage a répondu en disant qu'il citait une chronique de Paul Journet de La Presse (ancien collègue de Marissal), il fut un brin déboussolé. Marissal a répliqué en disant qu'il fallait s'attarder aux propos de PSPP et au programme du PQ, et ne pas juger sur les apparences. Il a ajouté qu'il n'aimait pas la campagne de salissage ou de polarisation de QS à l'endroit du PQ, dont la fameuse publication ironique utilisant la couverture du livre de Ruba Ghazal publiée cette semaine.

7. J'avoue aussi qu'une telle publication était maladroite pour une page officielle de parti, bien qu'elle renfermait une part de vérité. Notons aussi que QS a publié des parodies d'autres partis de l'Assemblée nationale avec la même image, dont le PLQ, la CAQ. Comme on pouvait s'y attendre, c'est le PQ qui a réagi en disant qu'il s'agissait d'une publication "haineuse et diffamatoire". Prenez vos gardes: chaque publication moindrement critique du PQ sera interprétée comme une offense extrême et impardonnable.


8. Enfin, Marissal a été confronté à l'une de ses propres chroniques de 2015 dans La Presse où il décriait lui-même le phénomène des opportunistes. Je le cite: "Rares sont les transfuges qui réussissent à survivre à leur prochain test électoral. Les électeurs les prennent le plus souvent pour ce qu'ils sont: des opportunistes." Lorsque Lepage lui a remis en pleine face sa chronique, Marissal a avoué la réalité de l'enjeu. Selon lui, "cette perception existe et je dois démontrer le contraire. Il y a ce problème de perception, qui est parfois réel". Il prétend avoir été "intègre" en prenant cette décision de partir de QS, mais il a avoué à demi-mot qu'il était effectivement un opportuniste.

9. Je terminerais donc avec les belles paroles de la chanson L'opportuniste de Jacques Dutronc, reprise par le groupe Indochine. Cela résume bien la personnalité de Marissal.

Je suis pour le communisme
Je suis pour le socialisme
Et pour le capitalisme
Parce que je suis opportuniste

[refrain]
Il y en a qui contestent
Qui revendiquent et qui protestent
Moi je ne fais qu'un seul geste
Je retourne ma veste
Je retourne ma veste
Toujours du bon côté
Je n'ai pas peur des profiteurs
Ni même des agitateurs
Je fais confiance aux électeurs
Et j'en profite pour faire mon beurre

[refrain]
Je suis de tous les partis
Je suis de toutes les parties
Je suis de toutes les coteries
Je suis le roi des convertis

[refrain]
Je crie vive la révolution
Je crie vive les institutions
Je crie vive les manifestations
Je crie vive la collaboration

[refrain]
Non jamais je ne conteste
Ni revendique ni ne proteste
Je ne sais faire qu'un seul geste
Celui de retourner ma veste
De retourner ma veste
Toujours du bon côté
Je l'ai tellement retournée
Qu'elle craque de tous côtés
A la prochaine révolution
Je retourne mon pantalon