Petit mot de Saint-Valentin à saveur politique
Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas vu un tel consensus émerger au Québec. Dans la foulée de l'abolition du Programme d'expérience québécoise (PEQ) par le gouvernement de la CAQ, toutes les voix de la société civile se sont levées pour réclamer une "clause grand-père" pour les personnes qui en ont bénéficié et qui veulent continuer de vivre et travailler au Québec.
Les organismes communautaires, syndicats, chambres de commerce, élu·e·s municipaux et de nombreux voix des régions ont réussi à bâtir un véritable "Front commun" pour faire reculer le gouvernement de la CAQ sur cet enjeu. Récemment, les deux aspirant·e·s à la chefferie de la CAQ se sont engagés à adopter une clause grand-père (dont Bernard Drainville), Christine Fréchette allant jusqu'à proposer de réactiver le PEQ.
Il ne reste plus que le ministre Jean-François Roberge qui s'entête toujours comme un âne, que ce soit par orgueil ou par aveuglement. Même le chef du PQ Paul St-Pierre-Plamondon a fini par entendre raison et a décidé de reculer sur sa position initiale en acceptant une clause grand-père.
Lui et ses collègues du PQ sont d'ailleurs acculés au pied du mur dans ce dossier en raison d'affirmations fausses sur l'immigration. Ils ont été farouchement critiqués par Gabriel Nadeau-Dubois, Guillaume Cliche-Rivard et d'autres experts en immigration, qui ont fait preuve de combativité en répondant du tac au tac aux députés péquistes, avec faits et preuves à l'appui.
De son côté, le maire de la Ville de Québec Bruno Marchand a fait preuve d'un grand leadership dans ce dossier; il s'est tenu debout avec raison et passion. C'est pourquoi il est présentement ciblé par certains chroniqueurs populistes et conservateurs qui tentent de le décrédibiliser. Par exemple, Étienne-Alexandre Beauregard soutient que Marchand serait en "croisade idéologique pour changer Québec". Marchand est ciblé parce qu'il refuse haut et fort de se plier à la doxa du national-populisme qui dirige actuellement le Québec.
Seul le ministre Roberge et une minorité de nationalistes de droite et d'ultra-conservateurs comme Mathieu Bock-Côté continuent de dire "tenez bon!", alors que la très vaste majorité de la société québécoise considère qu'il est stupide, inhumain, inefficace et cruel de rejeter une clause grand-père pour des milliers de personnes qui déjà vivent ici et aiment le Québec. En réalité, la "croisade idéologique pour changer le Québec" a bien lieu, mais ce sont les braves chevaliers de la droite identitaire qui la mènent.
Même si le combat sur la question de l'immigration n'est pas terminée, il faut tout de même célébrer cette "petite victoire" qui montre qu'un front commun pour protéger les droits des personnes migrantes peut donner des résultats tangibles, et ce même dans un contexte politique et médiatique largement dominé par le discours anti-immigration.
Ce Front commun contre l'abolition du PEQ est la preuve vivante qu'un Québec ouvert et respectueux à l'endroit des immigrant·e·s existe toujours en 2026. Cela démontre qu'on peut s'unir pour combattre aux côtés de celles et ceux qui choisissent le Québec pour y vivre et y travailler. Cela démontre qu'on peut arrêter ce jeu toxique de défense des droits à géométrie variable, opposant constamment les "droits collectifs" de la majorité aux droits des minorités, en affirmant que tout le monde, citoyen ou non, a le droit d'être d'être traité·e avec décence et dignité.
C'est ça, le Québec que j'aime, celui qui est capable de se lever debout pour créer et réaffirmer un "Nous" élargi.
Lorsque l'amour que l'on peut ressentir pour notre conjoint·e, notre famille et nos proches déborde de notre cercle immédiat, pour créer une communauté d'interdépendance à l'échelle nationale et au-delà, c'est à ce moment que l'on peut parler d'une véritable "solidarité", ou d'un "patriotisme démocratique".
Cette communauté ne se limite plus aux liens du sang ou à des traits de ressemblance culturelle; elle s'étend via des réseaux d'obligations, de confiance et de respect mutuel, permettant d'embrasser la différence tout en créant un sentiment d'appartenance plus vaste.
C'est "l'amitié civique" qui permet de bâtir une communauté politique plus forte et libre, en dépassant un amour qui reste trop souvent confiné aux gens qui partagent exactement le même mode de vie que nous. Comme le disait jadis Sol Zanetti et Catherine Dorion: Un peuple, c'est pas du monde tous pareils, c'est du monde tous ensemble. 🩵
Merci aux individus et aux organisations qui ont contribué au Front commun pour les orphelins du PEQ, dont l’organisme Le Québec c'est nous aussi qui a joué un rôle central dans cette mobilisation, par un vrai travail de terrain. Cette liste n’est pas exhaustive, et de nombreuses associations se sont jointes à cette mobilisation historique:
- La Fédération québécoise des municipalités (FQM)
- Union des municipalités du Québec (UMQ)
- Ville de Québec
- Centrale des syndicats démocratiques (CSD)
- Confédération des syndicats nationaux (CSN)
- Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI)
- Fédération des cégeps
- Union étudiante du Québec (UEQ)
- Union des producteurs agricoles (UPA)
- Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ)
- Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)
- Alliance main-d’œuvre étrangère
- Association Hôtellerie du Québec
- Carrefour Jeunesse Emploi MRC de la Côte-de-Gaspé
- Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
- Chantier de l'économie sociale
- Éducation internationale
- Emplois en régions
- Fédération autonome de l’enseignement (FAE)
- Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
- Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)
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