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Réflexions à chaud sur le virage autoritaire au Québec

Réflexions à chaud sur le virage autoritaire au Québec
Crédits photo: Jacques Boissinot. La Presse canadienne. Le premier ministre du Québec, François Legault, a fait le bilan de la session d’automne, vendredi 12 décembre 2025. Source: Le Devoir

Réflexion à chaud sur le virage autoritaire au Québec.Jusqu'à tout récemment, le gouvernement de la CAQ menait ses actions, réformes et politiques dans l'esprit du nationalisme conservateur, avec quelques mesures autoritaires par moments.

Pensons par exemple à la prolongation de l'état d'urgence qui a duré 2 ans et 3 mois de 2020 à 2022, à l'usage fréquent de décrets, à l'adoption répétée de lois sous bâillon, à l'usage intensif de la clause dérogatoire pour éviter les contestations judiciaires ou les reporter à plus tard.

On a aussi vu qu'une certaine conception de la société et du vivre ensemble a pris dessus, notamment en termes de laïcité, d'identité nationale et de gestion de l'immigration, qui a rompu avec l'approche de l'interculturalisme qui prévalait au Québec depuis les années 2000 (on ne parle pas du multiculturalisme canadien ici).

Ainsi, plusieurs lois, normes et paramètres idéologiques ont été profondément modifiés dans le paysage politique québécois entre 2018 et 2025. Jusqu'ici, on parle surtout du "gouvernement" de François Legault, avec sa manière de gouverner, sa vision et son style, à l'intérieur des paramètres du régime politique établi.

Or, selon Wikipédia, un "régime politique est l’organisation des pouvoirs et de leur exercice au sein d’une entité politique, autrement dit la forme institutionnelle du pouvoir et la pratique qui en découle. Il se différencie de la forme de gouvernement qui désigne qui détient le pouvoir et comment il est organisé".

Le régime est quelque chose de plus fondamental, car il se maintient en place au-delà de la succession des gouvernements. On parle par exemple du régime de la Cinquième République en France, de 1958 à nos jours, et qui est aujourd'hui à bout de souffle.

Mathieu Bock-Côté évoque de son côté l'existence du "régime diversitaire", pour nommer la manière dont opèrent les institutions politiques au Québec et au Canada par-delà les changements de gouvernements et le clivage gauche/droite traditionnel. Pour MBC, le régime diversitaire est omniprésent dans les sociétés occidentales depuis les années 1980.

Or, avec le déferlement de nouvelles lois proposées depuis l'automne 2025 (projets de loi 1, 2, 3, 7, 9, 13), incluant le projet de constitution québécoise, on assiste à mon avis à la volonté explicite de transformer le régime politique québécois.La CAQ tente de consolider, voire de "verrouiller" l'héritage du gouvernement Legault. Ce n'est pas pour rien que le Barreau du Québec et un nombre impressionnant d'organisations de la société civile parlent d'une érosion de l'État de droit et d'un "virage autoritaire". On en est là.

Cet arsenal de lois vise essentiellement à museler les contre-pouvoirs de la société civile (syndicats, organismes communautaires, universités), à court-circuiter le pouvoir judiciaire, et à concentrer davantage de pouvoirs au sein de l'exécutif. On assiste ici à la genèse d'un régime de "démocratie illibérale". On est pas encore rendus comme la Hongrie, la Russie ou les États-Unis, mais on suit grosso modo la même trajectoire.

Si la CAQ perd le pouvoir aux prochaines élections (ce qui va fort probablement arriver), elle aura ainsi transformé durablement le régime politique. Elle aura créé un socle, un environnement institutionnel, enchâssé dans une constitution, des lois, des normes, une idéologie, qui pourront perpétuer le nationalisme néoduplessiste, et ce malgré les partis qui prendront le pouvoir par la suite.

Alors qu'on assiste au "chant du cygne" du gouvernement Legault, c'est-à-dire "la plus belle et dernière chose réalisée par quelqu’un avant de mourir", on voit ici la CAQ jouer le tout pour le tout. Elle souhaite transformer le régime politique québécois, pour que nous restions cadenassés dans le même horizon après son départ.

Ce n'est donc pas à la fin d'un gouvernement que nous assistons présentement, mais au début d'un nouveau régime, hyper conservateur et un peu plus autoritaire.Et mon petit doigt me dit que le prochain gouvernement se sentira comme un poisson dans l'eau, et ce malgré sa volonté sincère de rompre avec le régime politique canadien. Le régime politique québécois, pour sa part, suivra le chemin tracé par son prédécesseur.

Path dependence, comme on dit en bon français.