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Une nouvelle vague en 2025?

Une nouvelle vague en 2025?
Comité de pilotage de la Nouvelle vague municipale.

Il se fait tard, et je n'ai pas eu la chance d'écrire une longue réflexion pour apporter mon analyse de la politique municipale à travers les principales villes du Québec, et les petites municipalités inspirantes à l'extérieur des grands centres urbains. Mais voici tout de même quelques suggestions pour qui voter si vous tenez à appuyer la "gauche municipale" lors des élections du 2 novembre 2025.

1. Montréal: Votez pour Luc Rabouin à la mairie, Projet Montréal dans plusieurs mairies d'arrondissement, et les meilleures candidat·e·s de Transition Montréal qui vous tiennent à cœur. Comme je l'ai dit jadis dans un précédent texte, l'administration Plante n'a pas été parfaite, mais les avancées depuis 2017 ont été réelles, Il faut donc continuer à sa battre pour une ville plus abordable, démocratique et solidaire. Luc Rabouin est capable d'écouter les forces progressistes et de faire bouger les choses dans le bon sens, et c'est pourquoi je lui fais confiance malgré les énormes défis qui se présenteront à lui. Par ailleurs, une bonne nouvelle est sortie aujourd'hui: le salle de spectacle La Tulipe pourra rouvrir ses portes, suite à la décision de la Cour supérieure qui a invalidé la plainte d'un résident se plaignant du bruit. Notons que ce dénouement heureux découle d'une forte pression populaire, mais aussi de Luc Rabouin et son équipe qui ont entamé une procédure judiciaire qui vient de porter fruit. Voilà une belle "victoire locale".

2. Gatineau: Votez Action Gatineau sans hésiter. C'est un nouveau bastion de la gauche municipale au Québec, avec Maude Marquis-Bissonnette qui fait un travail formidable avec toute une équipe de personnes passionnées, pragmatiques et inspirantes à la fois. L'une des mes anciennes étudiantes, Isabelle Cousineau, issue du milieu communautaire et du mouvement féministe, a décidé de se lancer pour devenir conseillère municipale, et elle a toute mon admiration. À l'opposé, le parti "Équipe Mario Aubé" représente la droite municipale classique, asphaltiste, proche des promoteurs immobiliers, opposée au projet de tramway et aux mesures fiscales qui touchent les grandes entreprises privées. C'est une course à deux: le parti Action Gatineau mène dans les sondages, mais on verra s'il réussit à devenir majoritaire et à accélérer le changement social suite aux élections de 2025.

3. Québec: Votez pour Transition Québec, qui est à mes yeux le parti de gauche municipale le plus assumé au Québec à l'heure actuelle. La proposition de créer un "réseau d'épiceries municipales", inspirée de la campagne de Zohran Mamdani à New York, la fougue de leur équipe (incluant Jackie Smith et l'animatrice de radio communautaire Marjorie Champagne) me donne espoir pour une percée de la gauche dans cette ville. Sinon, le maire sortant Bruno Marchand a fait somme toute un bon travail. Il reste intègre et continue à foncer malgré les vents contraires, et il a de bonnes chances d'être réélu avec une droite divisée. Pour une fois, ce n'est pas la gauche qui est fragmentée.

4. Laval: Dans la grande région de Montréal, il y a le maire sortant Stéphane Boyer qui a entamé une "petite révolution tranquille" dans cette ville sur le plan social, démocratique et écologique. La mise en place d'un Bureau de l'innovation sociale et la transition écologique, similaire à celui créé par la municipalité de Nicolet, de même que l'expérimentation d'assemblées de quartier innovantes et la reconnaissance du principe de codécision, instaurent un nouveau standard en termes de participation publique. C'est une "mairie de centre gauche", pas parfaite encore une fois, mais qui opère un virage à 180 degrés par rapport aux trente ans de règne de l'ex-maire Gilles Vaillancourt, qui a été condamné pour gangstérisme en dirigeant la ville de manière autoritaire de 1989 à 2012.

5. Longueuil: De son côté, Catherine Fournier bâtit une nouvelle culture politique dans cette ville importante, en contribuant notamment au débat public sur l'explosion des coûts d'entretien des infrastructures. Malgré des critiques qui peuvent lui être faites (comme tout·e politicien·ne au pouvoir), elle incarne un virage progressiste à l'échelle locale, et elle continue à mettre de la pression sur le Bureau d'enquête indépendante suite au meurtre de Nooran Rezayi. Avec un candidat peu expérimenté face à elle, elle a toute les chances de gagner. De plus, elle vient de lancer son nouveau livre Apprivoiser la politique, où elle partage ses expériences pour démystifier cet univers souvent hostile aux nouvelles idées, mais qui demeure une sphère de changement malgré tout.

6. Ailleurs au Québec: Toutes les personnes évoquées ici font partie de La nouvelle vague municipale qui a pris forme lors des élections de 2021. Parmi les noms moins connus de cette vague, notons le maire de Mont-St-Hilaire Marc-André Guertin, la mairesse Catherine Hamé à Sainte-Anne-des-Lacs, le maire de Petit-Saguenay Philôme La France, ami des communs et du festival Virage, les maires de l'Alliance des municipalités de la Petite-Nation Nord qui ont organisé un référendum régional contre le projet minier La Loutre (gagné à 95%), et bien d'autres noms moins connus du Caucus écologiste municipal.

J'aurais pu ajouter d'autres noms, comme celui de Dany Carpentier qui se lance à la mairie de Trois-Rivières, la chaude lutte électorale à Sherbrooke, où Raïs Kibonge tente de prendre le relais de la mairesse sortante Évelyne Beaudin, ou encore des rencontres régionales importantes qui ont eu lieu dans les derniers mois, comme cet événement en Haute Gaspésie en mai dernier.

Cette rencontre visait à promouvoir une plus grande participation en politique municipale, et ce, à quelques mois des prochaines élections générales. Solidarité Gaspésie, Nouvelle Vague municipale, Multitude Québec et Hautrement souhaitaient aussi encourager les personnes intéressées à se lancer dans l'arène politique.

Mes connaissances sont trop parcellaires pour vous donner des suggestions de personnes à appuyer aux élections municipales en Abitibi-Témiscamingue, au Bas-Saint-Laurent, en Estrie, au Lac-Saint-Jean ou d'autres régions importantes du Québec. Je sais qu'il y a un regain d'intérêt envers l'idée de "biorégions" dans différents territoires, avec des pôles actifs en Gaspésie, dans les villages du Bic et Saint-Valérien, et une masse critique à Ripon dans la région de Petite-Nation.

Penser l'Après

Somme toute, quelque chose grouille au Québec à l'échelle municipale en 2025. Même si la lutte politique à Montréal s'annonce difficile, et que la gauche électorale au niveau fédéral (NPD) et provincial (QS) sont en grande difficulté, les forces du changement dans les multiples territoires du Québec sont déjà là.

Le municipalisme que je préconisais dans mon premier livre À nous la ville! est en train de se métamorphoser sous nos yeux. Le Réseau d'action municipale que j'avais tenté de créer avec des camarades en 2016-2017 est mort-né. Or, le même élan a pris forme via la Vague écologiste municipale en 2021, puis Multitudes et la Nouvelle vague municipale depuis 2024.

Il ne faut pas envisager la démocratie locale de façon isolée, comme si le "municipalisme dans une seule ville" pouvait gagner. Les gens qui croient que le parti Projet Montréal incarne à lui seul le titre de "gauche municipale" se trompent ; beaucoup d'autres élu·es locaux, collectifs citoyens et innovations institutionnelles font déjà une différence aux quatre coins du Québec. L'important est de pouvoir fédérer les forces du changement, au-delà de leur allégeance partisane, tout en veillant à cultiver un projet politique à la fois démocratique, radical et rassembleur.

C'est pourquoi il faut se mobiliser à la fois avec, contre et au-delà des élections municipales. Pour ne pas s'en tenir à ce moment rituel, il faut déjà envisager la suite. Comme l'a bien noté le chercheur Marc Lachapelle dans son article sur le projet collectif du Bâtiment 7, il faut savoir articuler tout ça:

Les membres [...] devront alors apprendre à jouer avec et contre les structures de pouvoir et de contraintes ordonnées par le marché et l’État, dans le but de développer leur propre espace d’autonomie, préfigurant alors une nouvelle relation au territoire et de solidarité collective.

À mes yeux, c'est là le réel défi de la démocratie locale: investir le momentum des élections municipales sans s'y enfermer. Suite aux élections, on peut envisager des groupes d'action locaux poussant leur administrations municipales à mettre en place un chantier de refonte des institutions politiques, via une boîte à outils remplie de propositions concrètes. On peut également envisager la création d'un réseau formel d'élu·e·s en faveur de réformes radicales au niveau social, démocratique, économique et écologique.

Nul ne peut prédire l'avenir, mais il est important de réfléchir déjà à l'Après. Comment envisager la suite en 2026, où aura lieu une autre élection provinciale? Comment ne pas faire des élections municipales une simple "préparation" en vue d'élections générales plus importantes, mais un point de départ pour la reconstruction des forces progressistes à l'échelle locale? Comment tisser des liens de solidarité pour former un mouvement internationaliste digne de ce nom, ou encore un réseau translocal d'initiatives biorégionales? Comment promouvoir un projet d'indépendance du Québec au-delà du modèle hégémonique de l'État-nation, en tenant compte de la diversité des territoires et de l'auto-détermination des peuples autochtones?

Tout cela peut sembler abstrait, mais ce sont là de vraies considérations politiques et stratégiques à réfléchir après les résultats des élections du 2 novembre 2025. D'ici là, il faut continuer de lutter contre l'oligarchie au pouvoir et d'appuyer les forces démocratiques du changement, que celles-ci soient à l'intérieur ou à l'extérieur de l'arène électorale. En guise de conclusion, voici une publication de Multitudes qui exprime bien ma propre vision:

Est-ce qu'on veut des municipalités qui favorisent les intérêts privés? Ou des municipalités qui protègent le bien commun? Est-ce qu'on veut des villes complices du génocide? Ou des villes debout pour la Palestine? Est-ce qu'on veut des municipalités qui décident seules? Ou qui renouvellent la démocratie en impliquant les citoyen·nes? Dans un monde qui nous divise sans cesse, ne pourrions pas rêver de villes qui nous ressemblent? Les municipalités, c'est l'endroit où nos vies se touchent. Où on décide si nos enfants vont pouvoir jouer dehors. Si nos ami·es vont pouvoir continuer de jouer à nos côtés. Si on protège le boisé où on respire. Si on s'écoute, si on se respecte. Le 2 novembre, il est urgent d'utiliser notre droit de vote. Mais avant ça, prenons le temps de regarder si nos villes sont à la hauteur de nos aspirations. À Multitudes, on agit pour reprendre le pouvoir collectif, et s'opposer à la concentration des pouvoirs. Ça veut dire reconstruire nos démocraties en partant du local.