Drôle de coïncidence
J'ai vécu une drôle de coïncidence durant une soirée de pleine lune du 30 avril 2026, alors que j'étais brièvement de passage à Montréal.
Après avoir donné une conférence intitulée "Reprendre la ville, tenir le cap: affronter la vague autoritaire par la démocratie locale" organisé par l'organisme Solidarité Ahuntsic, je m'arrête par hasard dans un bar du quartier Rosemont-La-Petite-Patrie.
Mon objectif était de manger, prendre un verre et terminer la révision d'un article intitulé « La nouvelle vague municipale au Québec: un exemple de municipalisme tranquille? ». Je m'assois à une table au hasard, et je réalise après deux minutes que je suis assis à côté de l'ancienne mairesse de Montréal, Valérie Plante.
Je ne la dérange pas sur le coup, car elle discute passionnément avec une autre personne. Je mange mon mac n cheese en essayant d'avancer mon article sans trop être déconcentré, et au moment de payer la facture, je relis le chapitre où je raconte le moment où Valérie Plante s'est présentée à la chefferie de Projet Montréal contre Guillaume Lavoie, un an avant de devenir la première mairesse de Montréal.
Avant de quitter le bar, je salue rapidement Valérie en lui racontant ce drôle de hasard. Elle me répond en riant: « Ah mon dieu, comment ça va? Tu me rappelles une drôle d'époque! ».
On se connaissait un peu, même si je ne l'avais pas revu depuis plusieurs années. J'avais été sur un panel avec elle et Judith Cayer du Bâtiment 7 en septembre 2017, lors d'un événement organisé par le collectif Raisons sociales (j'ai d'ailleurs retrouvé une photo qui a immortalisé ce moment).
Je n'ai pas eu la chance de la recroiser souvent depuis l'époque où elle est devenue mairesse. J'ai toujours gardé une posture de « soutien critique » à Projet Montréal, sans être impliqué activement dans le parti. J'ai toujours admiré le courage politique de Valérie, sa sincérité et sa ténacité, et ce malgré certaines décisions de son administration qui m'ont parfois fait grincer des dents. Au final, je crois qu'elle a réussi à faire progresser Montréal de façon significative sur de multiples aspects, même si beaucoup de travail reste à faire sur différents fronts.
Tout ça pour dire que l'enchaînement d'une conférence sur le municipalisme, une saucette dans un bar pour réviser un article sur la démocratie municipale, et une rencontre inopinée avec l'ex-mairesse de Montréal alors que j'écris sur elle, tout ça m'a donné une étrange impression de « synchronicité ».
De plus, cette rencontre impromptue m'a replongé dans le passé. Il y a presque dix ans, la gauche libertaire (Judith), la gauche institutionnelle (Valérie) et la gauche universitaire (moi-même) se trouvaient autour de la même table pour parler de transformation sociale à l'échelle locale, devant un public de 150 personnes au Centre St-Pierre.
Ça m'a donné un coup de vieux, tout en me donnant espoir. Nous étions alors jeunes et optimistes, le champ des possibles était ouvert, à une époque où l'autoritarisme n'avait pas encore déferlé sur nous. Or, nos luttes ont porté fruit en bonne partie, elles ont laissé des traces, même si tout reste fragile et à demi-accompli. Nos chemins se recroisent périodiquement, dans la rue, ou dans les bars.
Bref, merci à toutes les gauches d’œuvrer là où les peuvent, dans la rue, à la mairie, dans les entreprises d'économie sociale, les bâtiments autogérés, les collectifs citoyens, les universités, les syndicats, les organismes communautaires à boutte. On a besoin de tout le monde pour transformer le monde.
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