La social-démocratie à double face du Parti québécois
Il y a quelque chose de déconcertant dans la trajectoire actuelle du Parti québécois.
D'un côté, Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) tient depuis trois ans un discours très marqué à droite : « seuils astronomiques d'immigration » qualifiés de menace pour l'identité québécoise, le logement, le français, le taux de natalité et les services publics ; universités soupçonnées de « wokisme » ; volonté de « dégraisser l'État », entrevue accordée à Rebel News, etc. PSPP diffuse le récit de l'« entrisme religieux» qui emprunte les tropes de la droite populiste en France, et ses interventions font écho à « l'orbite idéologique trumpienne », comme le souligne le chroniqueur Yves Boisvert dans sa chronique Là où loge PSPP.
D'un autre côté, le programme officiel du PQ Écrire l'Histoire: Projet national incarne plusieurs traits distinctifs de la social-démocratie. Sur la petite enfance, le PQ s'engage à « mettre graduellement sur pied un réseau 100 % CPE », en cessant tout financement public aux garderies à but lucratif. Sur l'éducation, il veut mettre fin « graduellement au système à trois vitesses afin d'assurer une mixité scolaire et sociale ». Pour le système de santé, on s'engage à « diminuer graduellement l'apport du privé », à interdire l'incorporation des médecins, à renforcer les CLSC comme cliniques de proximité.

Le PQ propose aussi d'augmenter le salaire minimum, renforcer la loi sur l'équité salariale, faciliter la syndicalisation et interdire le recours aux briseurs de grève, y compris via le télétravail. Il engage l'État à « reconnaître l'expertise des organismes communautaires » et à financer « à la mission, à la hauteur des besoins réels ». Le programme propose de renforcer le filet social par diverses mesures, et de développer davantage le transport collectif, que ce soit par une Passe-Climat ou la « création d’une coopérative de transport aérien régional ».
Ce n'est pas le lexique du conservatisme ou des libertariens, même si PSPP semblait avoir emprunté la rhétorique sur la réduction de la taille de l'État chère à Éric Duhaime. Le PQ propose bien des mesures dignes de la social-démocratie et de l'interventionnisme. Le programme ne remet pas en question le système capitaliste, mais incarne un nationalisme économique en continuité avec l'héritage de la Révolution tranquille.
Dans les grandes lignes, le programme du PQ de 2026 semble donc aligné sur un projet social-démocrate favorable à la redistribution des richesses. Or, comment expliquer cet écart frappant entre le discours droitiste de PSPP, et le programme de son parti au niveau de l'État social? Le diable se cache dans les détails.
Un État-providence « pour nous »
La réponse la plus éclairante ne se trouve pas dans la rhétorique trumpiste, dont l'analogie reste approximative, mais dans un modèle plus structuré : celui du welfare nationalism, parfois nommé « chauvinisme social ». Selon cette vision, les prestations sociales de l'État-providence devraient être réservées aux citoyens ou membres de la nation, par opposition aux personnes immigrantes, réfugiées ou demandeurs d'asile.
L'universalisme de l'État-providence est ainsi remplacé par un particularisme identitaire dans l'accès à ses services. C'est la formule du filet social pour nous, pas pour les étrangers.
Ce chauvinisme social est surtout mobilisé les partis populistes de droite pour établir un lien entre les dysfonctionnements de l'État-providence et l'immigration, laquelle exercerait une pression démesurée sur les services publics. En France, cette idée fut traduite par l'expression de « préférence nationale », c'est-à-dire l'idée qu'un certain nombre de droits politiques, économiques ou sociaux devraient être réservés, exclusivement ou en priorité, aux membres de la nation.
Cette notion fut créée en 1985 par le Club de l'horloge (un think tank d'extrême droite) avant d'être popularisée par le Front national de Jean-Marie Le Pen quelques années plus tard. Loin de se limiter à la famille de la droite radicale, l'idée de préférence nationale est également reprise par d'autres formations politiques, y compris des partis qui se réclament de la social-démocratie.

Dans la foulée d'un jugement de la Cour suprême sur le caractère discriminatoire d'une restriction de l'accès aux CPE aux demandeurs d'asile, PSPP avait affirmé sans gêne: « les milliards de personnes dans le monde qui auraient intérêt à immigrer au Québec pour améliorer leur qualité de vie ne peuvent avoir le même statut et le même droit à bénéficier des services publics que les citoyens québécois qui paient leurs impôts ».
Le chef du PQ considère que le fait de refuser l'accès aux garderies subventionnées aux demandeurs d'asile n'est pas de discriminatoire à ses yeux, mais plutôt une hiérarchie de statut légitime et nécessaire pour protéger l'État-providence. Pour répondre à ses détracteurs, PSPP a ensuite répliqué qu'il était tout à fait possible d'être social-démocrate et d'adopter des mesures musclées en matière d'immigration. Dans une publication du 16 mars 2026 sur X, il a affirmé:
Je prône la fin de l’immigration incontrôlée et du bar ouvert aux services publics pour toute personne qui arrive à l’aéroport Trudeau en prétendant avoir droit à l’asile, PARCE QUE je tiens aux services aux enfants, aux aînés et aux plus démunis. C’est notamment et précisément en suivant l’exemple du Danemark (et plusieurs autres social-démocraties européennes), un pays qui, depuis 2019, est dirigé par un gouvernement du parti social-démocrate de Mette Frederiksen.
L'exemple du Danemark
Le Danemark dirigé la social-démocrate Mette Frederiksen depuis 2019 maintient un État-providence parmi les plus généreux d'Europe tout en adoptant une politique migratoire parmi les plus restrictives du continent : loi « anti-ghettos » qui limite à 30 % la part de personnes d'origine « non-occidentale » dans les logements sociaux de certains quartiers, exigences d'intégration culturelle strictes conditionnant l'accès aux prestations sociales, objectif « zéro demande d'asile », extension des délits pouvant mener à une déchéance de nationalité pour les binationaux, etc.

PSPP se réclame explicitement du modèle danois. Notons d'ailleurs que Mathieu Bock-Côté a commencé à évoquer l'exemple du Danemark suite aux controverses liées au chemin Roxham qui était considéré comme une « passeoire » ou un « bar ouvert ». Dans une chronique de janvier 2023, MBC montre que le virage anti-immigrationniste de PSPP s'inscrit dans cette voie danoise.
Et lorsqu'on lit le programme du PQ sur l'immigration, la logique apparaît clairement : réduction des seuils aux niveaux du début des années 2000, moratoire sur l'immigration économique, réduction du nombre d'étudiants internationaux, exigences renforcées en français à l'entrée et au renouvellement des permis, accueil des demandeurs d'asile « en fonction de notre poids démographique », modèle d'intégration rompant avec le multiculturalisme canadien et l'interculturalisme québécois au profit de la « convergence culturelle » (modèle promu par la CAQ et les nationalistes conservateurs).
Le programme du PQ ne prévoit pas enlever des droits aux demandeurs d'asile ou de les priver de l'accès à certains services, comme l'avait fait Bernard Drainville durant la course à la chefferie de la CAQ. Mais la réponse viscérale de PSPP suite au jugement de la Cour suprême sur la discrimination envers les demandeurs d'asile montre qu'il adhère à l'idéologie du nationalisme de l'État-providence.
Par ce jugement, la Cour suprême du Canada impose un modèle dans lequel le Québec a l’obligation d’accueillir un nombre illimité de demandeurs d’asile allégués sur son territoire tout en ayant l’obligation d’offrir des services gratuits à toutes ces personnes. Ce jugement ne considère bien sûr pas l’analyse nécessaire de la question de l’assiette fiscale qui n’augmente pas suffisamment pendant que le nombre de personnes requérant des services ne cesse de croître, condamnant ainsi le modèle à la rupture de services.
Bref, le régime canadien imposerait au Québec l'accueil illimité de demandeurs d'asile, ce qui aurait comme conséquence catastrophique une explosion des dépenses publiques et une rupture de services. On voit ici un triple sophisme: sophisme de la pente glissante, sophisme de la généralisation abusive, sophisme de l'homme de paille.
Pour protéger la survie de l'État-providence et rapiécer le filet social, la seule conclusion logique serait de réduire drastiquement les seuils d'immigration et de prioriser les membres de la nation dans l'accès aux services publics. Legault le disait déjà lors de la campagne électorale de 2018 avec ce slogan: « En prendre moins, mais en prendre soin ».
Ce cadrage permet de comprendre pourquoi le programme du PQ peut rester social-démocrate sur papier et de droite populiste au niveau rhétorique: les deux aspects ne sont pas en contradiction, mais se complètent dans une logique de préférence nationale. On redistribue, oui, mais entre nous.
Un projet insoutenable ou une stratégie gagnante?
La notion de chauvinisme social permet d'éclairer cette tension apparente au sein du projet péquiste, opposant son volet « social » et « national ». Cela dit, il y a aussi des contradictions sous-jacentes sur le plan économique, démocratique et stratégique dans le projet du PQ.
Par exemple, les engagements sociaux-démocrates du PQ tiennent-ils encore lorsqu'on leur adjoint les promesses de « dégraissage de l'État » et les baisses d'impôts aux entreprises portées par PSPP dans ses tournées en Beauce et en Arthabaska? On ne peut pas défendre simultanément un réseau de CPE entièrement public et s'aligner sur la fiscalité du Parti conservateur du Québec.
Notons ici que le programme actuel du PQ reste flou en matière de fiscalité. Les seuls indices que nous avons sont des déclarations de PSPP et de différents députés péquistes sur leur identité politique. Par exemple, Alex Boissonneault a affirmé qu'il était de « centre droit » lors de l'élection partielle d'Arthabaska, afin de montrer patte blanche face à son passé de militant altermondialiste, et de se distinguer de la radicalité du discours d'Éric Duhaime (un libertarien assumé).
De son côté, PSPP pèse le chaud et le froid ces derniers temps. Il se définit comme un « anti-radical left social democrat » et en faveur de l'économie de marché dans une entrevue avec l'animateur populiste Derek Fildebrandt lors de sa tournée en Alberta. Ailleurs, il se dit parfois de « centre gauche » sur le plan social. D'autres députés du PQ s'identifient davantage au « centre ».
La phrase magique qui revient souvent pour surmonter ces tensions est que le PQ serait une large coalition de progressistes, de centristes et de conservateurs mettant l'indépendance au premier plan. Cela est vrai en partie, mais cet argument ne fait que pousser la poussière sous le tapis; il passe sous silence le rapport de forces à l'interne entre ces différentes tendances.
Or, le discours à droite de PSPP et la substance social-démocrate du programme du PQ sont en tension au niveau économique. Le social-chauvinisme danois, du moins, maintient une cohérence interne : il paye l'État-providence avec des impôts élevés. Le discours de PSPP semble vouloir couper les impôts, réduire la taille de l'État et maintenir les services, ce qui est contradictoire et insoutenable.
Vient ensuite la question des conséquences politiques sur le vivre-ensemble. Le social-chauvinisme danois a certes maintenu des politiques sociales, mais au prix d'une déshumanisation documentée de la question migratoire, d'une montée des rhétoriques d'exclusion, d'une normalisation de cadres qui alimentent la xénophobie ordinaire. Est-ce un compromis souhaitable?
Notons d'ailleurs que la première ministre Mette Frederiksen a repris et durci les politiques migratoires qui avaient déjà été adoptées par le gouvernement sortant de Lars Løkke Rasmussen (centriste), qui avait formé une coalition avec le Parti populaire danois (extrême droite). La stratégie consistant à récupérer une ligne de droite dure en matière d'immigration a été gagnante à court terme sur le plan électoral, en récupérant une partie du vote populiste d'extrême droite. Comme le souligne cet article de Wikipédia:
Cette évolution est payante puisqu'elle permet à Mette Frederiksen de disposer de la plus grande majorité parlementaire pour le centre gauche depuis un demi-siècle, via un accord de coalition. En particulier, cette politique a provoqué un effondrement des résultats du Parti populaire danois classé à l'extrême droite.
On voit là une stratégie connue des partis opportunistes (de centre gauche ou de centre droit) qui cherchent à prendre le pouvoir et à contenir la montée de la droite radicale en reprenant ses politiques, thèmes et récits. L'objectif serait d'apparaître raisonnable, d'éviter les extrêmes, et de contenter la population, comme l'a fait Emmanuel Macron en France par exemple en reprenant des idées du Rassemblement national.
Au Québec, PSPP opère la même stratégie face à Éric Duhaime (en se présentant à droite mais plus modéré), ou encore avec l'aile nationaliste de la CAQ suite à la défaite du camp Drainville, comme il le révèle dans sa lettre ouverte intitulée Cessons nos luttes fratricides, unissons-nous. Cette grande coalition de la droite nationaliste (les Bleus) peut-elle espérer gagner les prochaines élections?
Le backlash anti-Trump
Lorsque PSPP laisse entendre que Montréal risque de devenir comme « les villes d'Europe » si l'immigration n'est pas maîtrisée, il emprunte cette rhétorique anti-immigrationniste, même s'il défend par ailleurs un projet social-démocrate. Il joue avec le feu, quel que soit le ton mesuré qui enveloppe le propos. Mais cela est-il toujours une stratégie gagnante en 2026?
Comme le note Yves Boisvert : ces thèmes, PSPP les a développés bien avant le retour de Trump, mais ils « résonnent différemment soudainement ». Depuis novembre 2024, tout ce qui semble s'inscrire dans l'orbite idéologique trumpienne (droite populiste) perd de sa puissance de séduction, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur des États-Unis. PSPP a planté sa tente avant ce tournant et ne semble pas avoir recalibré le tir depuis.
On peut le constater avec Pierre Poilievre qui avait une rhétorique trumpiste (mais adoucie et adaptée au contexte canadien), qui fonctionnait bien pour se présenter comme la grande alternative au règne de Justin Trudeau. Si les élections fédérales avaient eu lieu à l'automne 2024, le Parti conservateur du Canada aurait décroché une majorité sans trop de difficultés. Mais dès que Trudeau a démissionné et que Trump est revenu à la Maison-Blanche en faisant de mauvaises blagues sur le 51e État, le vent a tourné.
Parlons ici du « backlash anti-Trump » pour décrire cet effet repoussoir des politiques autoritaires et agressives du président américain sur l'électorat. Ce phénomène ne se limite pas aux frontières des États-Unis, mais s'inscrit dans une vague mondiale de réaction allergique au trumpisme et à tout ce qui s'en rapproche de près ou de loin.
Dans le cas du Canada, la baisse de popularité des conservateurs ne résulte pas d'abord d'un « effet Carney » ou d'un « effet Milliard » (dans le cas québécois), mais dans un sentiment d'insécurité et d'instabilité qui affaiblit (partiellement) le pouvoir séducteur de la rhétorique ultra-conservatrice et nationaliste-identitaire.
On assiste ainsi à un « double backlash croisé ». La forte popularité du trumpisme et du populisme de droite radicale peut être conçue comme une réaction face aux mouvements sociaux progressistes des années 2010 (« wokisme » selon le narratif de droite), tandis que le regain soudain de popularité de figures libérales (ou de gauche) s'inscrit en réaction aux victoires et politiques liberticides de la droite populiste décomplexée. Une bonne partie de la population est désillusionnée face aux fausses promesses de Trump et la hausse du coût de la vie, et éprouve le besoin de se protéger contre les récits hostiles envers les minorités et l'immigration.
Pour revenir à l'exemple du Danemark, Mette Frederiksen a réussi à se maintenir au pouvoir de justesse aux élections législatives du 24 mars 2026, mais avec un score historiquement bas. Même si son parti reste de « centre gauche » sur papier, elle a plutôt gouverné à droite, même au niveau économique et social. Comme l'indique cet article de Mediapart:
Ses concessions économiques à la droite (réforme fiscale et suppression d’un jour férié) et le maintien de sa position dure sur l’immigration lui ont aliéné une grande partie des voix de gauche, sans parvenir à rallier un électorat centriste ou modéré. Elle a tenté de redresser la barre en reprenant sa stratégie de 2019 et 2022 : une campagne de gauche sur l’économie, notamment avec un projet de retour de l’impôt sur la fortune, et de droite sur l’immigration. Sans convaincre.
L'impasse de la social-démocratie anti-immigrationniste
Si on veut donner un autre exemple de l'échec de cette stratégie « social-démocrate anti-immigrationniste », on peut donner le cas de la politicienne allemande Sahra Wagenknecht qui a créé une scission au sein du parti de gauche Die Linke. En 2018, elle crée le mouvement Aufstehen (qui signifie Debout) en combinant un programme de gauche au niveau économique avec un discours anti-immigration, hostile à la gauche « bien-pensante » et au « politquement correct » pour couper l'herbe sous le pied de l'extrême droite (AfD).
Suite à plusieurs querelles internes, Sahra Wagenknecht quitte Die Linke et décide de fonder son propre parti en 2024 sur une ligne « conservatrice de gauche ». Elle réussit à convaincre 9 des 38 député·e·s De Linke de rejoindre l'Alliance Sahra Wagenknecht - Pour la raison et la justice (BSW). Wagenknecht utilise l'expression de « gauche radicale » pour qualifier son ancien parti, et emprunte un discours anti-woke décomplexé. Elle rompt avec son passé anticapitaliste au profit d'un programme social-démocrate prônant « le rétablissement de la stabilité et de l'harmonie sociale, lequel s'inscrit dans une certaine nostalgie de l’État-providence conservateur du miracle économique des Trente Glorieuses. »

Elle cherche aussi à rallier l'électorat hostile aux mesures sanitaires (Wagenknecht s'oppose à la vaccination obligatoire et prétend elle-même ne pas être vaccinée), refuse d'appuyer l'Ukraine suite à l'invasion de la Russie, et ouvre même la porte à une alliance avec l'extrême droite (AfD) dans l'éventualité d'une coalition gouvernementale. Bref, cette « gauche anti-woke » semble bien à l'aise à tendre la main à toutes les forces de droite populiste.
Or, cette stratégie a échoué sur le plan électoral, avec un score de 4,81% aux élections de novembre 2025, soit en deça du 10% des sondages et du seuil de 5% pour se faire reconnaître. Comme le conclut cet article de Romaric Godin à Mediapart:
Tout cela reste cependant un peu acrobatique. En cette fin d’année 2025, la vraie conclusion que l’on peut tirer de l’expérience BSW est l’incapacité d’un mouvement alliant progressisme social et conservatisme sociétal de résister à la vague d’extrême droite, de construire une base électorale suffisante et de surmonter les contradictions internes que cela suppose.
Les leçons pour la gauche québécoise
En comparaison, le parti Die Linke qui était destiné à être rayé de la carte électorale quelques mois plus tôt a réussi à déjouer les pronostics avec un résultat de 9% aux élections, soit le double de BSW.
Comment ce parti de gauche sur le bord de l'implosion a-t-il fait pour rebondir? Un renouvellement de leadership avec Ines Schwerdtner (présidente), Heidi Reichinnek et Jan van Aken comme co-porte-paroles, qui ont adopté une ligne de gauche assumée, à la fois anticapitaliste, antiraciste, antifasciste et pro-immigration, soutenant sans hésiter la lutte palestinienne contre le génocide à Gaza, alors que cet enjeu est très sensible en Allemagne.

Die Linke a réussi à mener une campagne inspirante et très dynamique, en mobilisant sa base progressiste et une partie des abstentionnistes, que ce soit à travers les médias sociaux, mais aussi sur le terrain, un peu à la manière de la campagne de Zohran Mamdani qui fut aussi victorieuse à New York. On combinait ici des politiques économiques concrètes à un discours radical, un appui indéfectible à la Palestine, et la volonté de faire barrage à l'extrême droite.
Que cela veut-il dire pour les forces de gauche québécoises en 2026, avec un parti comme QS qui figure dernier dans les sondages à quelques mois des élections? Un sursaut est toujours possible, et rien n'est joué d'avance. QS peut miser sur une ligne claire, assumée, capable de combiner des enjeux économiques (le coût de la vie) avec des positions fortes sur le plan social et géopolitique (contre la guerre, le génocide, le fascisme). Un révolutionnaire disait autrefois: Le pain et la paix.
Bien sûr, on ne peut calquer directement la dynamique politique en Allemagne avec la vie politique du Québec, mais on voit tout de même les mêmes tensions et questionnements opposant la gauche et la droite dans différents pays, avec des nuances et degrés d'intensité divers.
Le PQ de 2026 n'est pas un parti fasciste, ni même d'extrême droite. Sa ligne se rapproche plus de l'Alliance Sahra Wagenknecht en Allemagne et de la première ministre danoise Mette Frederiksen, s'appuyant sur le chauvinisme social, une social-démocratie jouant dans les eaux de la droite populiste, et une rhétorique anti-immigrationniste.
Le PQ de PSPP incarne donc quelque chose de plus ambivalent et, à certains égards, de plus insidieux : un projet qui habille le repli identitaire aux couleurs rassurantes de la protection sociale. Il cherche à protéger l'État-providence et le modèle québécois, mais contre la menace existentielle de l'immigration de masse. Cette confusion mérite d'être nommée. Ce que PSPP propose, ce n'est pas simplement la social-démocratie québécoise, c'est potentiellement son détournement au profit d'une politique de la frontière intérieure, crispant les minorités contre la majorité historique, et créant deux classes de citoyens.
Et cette distinction entre extrême droite et social-démocratie chauviniste n'est pas que sémantique. Elle engage notre compréhension de ce que signifie, en 2026, vouloir « écrire l'histoire », au Québec du moins.
Member discussion