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Qu'est-ce que le muskisme?

Qu'est-ce que le muskisme?
Illustration satirique d'Elon Musk par Anais Mims/Guardian Design. Source: The Guardian

Tout le monde a entendu parlé d'Elon Musk, l'homme le plus riche du monde dont la fortune a passé le cap des 800 milliards de dollars en février 2026. Cet entrepreneur doté d'une personnalité excentrique est bien connu du grand public pour ses diverses compagnies, dont Tesla, SpaceX et le réseau social X.

S'il suscitait une grande admiration dans plusieurs milieux depuis les années 2000, son étoile a pâli depuis son rapprochement avec l'administration Trump, son salut nazi de janvier 2025, et sa tentative de réduire la bureaucratie fédérale via le fameux Departement of Governement Efficiency (DOGE). S'il était omniprésent dans l'espace médiatique au début de l'année 2025, on parle moins de lui depuis sa querelle avec Trump en mai 2025 et son départ du DOGE, comme s'il avait quitté la sphère politique pour revenir à la gestion de ses entreprises privées.

Tout se passe comme si son passage comme "employé spécial" de la Maison-Blanche avait été seulement éphémère et spectaculaire, Musk étant une sorte de clown narcissique vivant une "bromance" avec Trump pendant quelques mois. Le commentariat s'est souvent limité à des observations banales sur les excentricités de Musk, et à quelques annonces sur ses coupes budgétaires, sans comprendre la "vision du monde" qui anime Musk et sa manière d'envisager la reconfiguration même de l'appareil État.

Le président Donald Trump participe à une conférence de presse avec Elon Musk, conseiller sortant du DOGE, le vendredi 30 mai 2025, dans le Bureau ovale. (Photo officielle de la Maison Blanche prise par Molly Riley). Source: Wikipédia.

S'il est bien connu que Musk a fait un virage vers l'extrême droite qu'il appuie ouvertement depuis 2024, on ne peut se limiter à un constat simpliste. Dire que "Musk est un tech bro fasciste, et il vit un power trip" est sans doute vrai ; mais cette condamnation morale ne nous permet pas d'analyser clairement sa vision politique, la stratégie des classes dominantes, et la manière dont les élites de l'industrie numérique ont pris le contrôle de la Maison-Blanche.

En fait, Musk n'est pas une simple "anomalie" ou un "épisode loufoque" dans l'histoire politique des États-Unis. Quelles étaient les réelles intentions derrière le DOGE, son mode de fonctionnement, et les transformations que ce bureau spécial a induit sur les processus au sein de l'État? Comment Musk a-t-il contribué à modifier la gouvernance de l'administration publique, des services sociaux, de la police et de l'armée? Se pourrait-il que son legs politique dépasse largement son passage de cinq mois à la tête du DOGE?

Repenser le technofascisme

Lorsque j'ai publié ma lettre ouverte dans Le Devoir intitulée Bienvenue à l'ère du techno-fascisme le 29 janvier 2025, ce terme était d'abord une hypothèse, un slogan ou une métaphore pour expliquer l'alignement inédit entre les élites technologiques et le mouvement Make American Great Again, symbolisé par la présence des hauts dirigeants de la Silicon Valley lors de la cérémonie d'assermentation de Trump de janvier 2025.

Photo: Julia Demaree Nikhinson Associated Press. Source: Le Devoir.

Cela représente en quelque sorte le premier niveau d'analyse du technofascisme, soit la description objective d'un alignement entre les Big Tech et le programme d'extrême droite de Trump depuis 2025. Jusqu'ici, tout va bien, et le commun des mortels sont capables de constater la présence de cette oligarchie à la tête des États-Unis.

Un deuxième niveau d'analyse consiste à comprendre les raisons, les mécanismes et les idéologies sous-jacentes à cette convergence. Depuis 2025, plusieurs ouvrages ont été publiés sur la question du technofascisme, confirmant à mes yeux qu'il ne s'agit pas d'un simple slogan ou d'un buzzword lié au duo Trump/Musk.

On peut penser aux essais politiques comme Cyberpunk: le nouveau système totalitaire d'Asma Mhalla, ou Technofascisme: le nouveau rêve de la suprématie blanche de Norman Ajari. Il y a aussi des livres académiques qui ont creusé les idéologies réactionnaires de ce mouvement, dont Apocalypse Nerds: comment les technofascistes ont pris le pouvoir de Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, ou encore Les Lumières sombres : comprendre la pensée néoréactionnaire d'Arnaud Miranda. Ces ouvrages font un excellent travail d'approfondissement d'idées que j'ai moi-même exploré dans les chapitres 9 et 10 de mon livre Fascisme tranquille.

Or, il y a à mes yeux un troisième niveau d'analyse, encore plus profond et subtil, qui consiste à étudier de près les pratiques concrètes, les processus, les stratégies et les dispositifs permettant d'introduire une logique algorithmique d'optimisation au cœur même du fonctionnement de l'État.

Le techno-fascisme n'est pas seulement une convergence d'intérêts économiques entre l'industrie numérique et un gouvernement d'extrême droite, ni une simple vision du monde technocratique et réactionnaire alimentée par des blogueurs comme Curtis Yarvin et des mèmes de la fachosphère. C'est aussi une manière de transformer l'appareil d'État en machine algorithmique au service de l'oligarchie, laquelle souhaite se débarrasser de la démocratie par des mécanismes autoritaires et de contrôle assistés par l'intelligence artificielle.

Au-delà d'Elon Musk

Si on peut trouver quelques analyses de cette mutation techno-fasciste de l'État dans mon dernier livre, ma réflexion était encore rudimentaire. Heureusement, Ben Tarnoff et Quinn Slobodian qui publieront sous peu un nouvel ouvrage intitulé Muskism. A Guide for the Perplexed (Penguin Books, 2026).

Ben Tardnoff est un professionnel du secteur des technologies et l'auteur du livre Internet for the People: The Fight for Our Digital Future (Verso, 2022), alors que Quinn Slobodian est un historien canadien et professeur à la Boston University, qui a récemment publié Le capitalisme de l'apocalypse ou Le rêve d'un monde sans démocratie (Seuil, 2025), puis Hayek's Bastards: Race, Gold, IQ, and the Capitalism of the Far Right (Princeton University Press, 2025).

Ces deux chercheurs ont collaboré pour essayer de comprendre les multiples transformations sociopolitiques incarnées par la figure d'Elon Musk, mais qui transcendent largement le personnage excentrique et ses tweets provocants. Il ne s'agit pas tant de faire une biographie ou un jugement moral sur Elon Musk en tant qu'individu, mais de comprendre les dynamiques économiques et politiques qu'il accélère avec une puissance inouïe. Voici un extrait traduit du quatrième de couverture du livre Muskism:

Tout le monde a son avis sur Elon. C’est un messie. Une menace ; un génie ; un clown. Les avis divergent, mais ils ont un point commun : ils le considèrent comme un individu. Le « muskisme » soutient le contraire. Elon Musk n’est pas un bug du système : il est le système. Sa vision du monde promet la souveraineté par la technologie : branchez-vous, mettez-vous sous tension et devenez autonome. Mais plus vous vous connectez, plus il vous possède.

Si le fordisme a défini le capitalisme du XXe siècle, le « muskisme » pourrait bien définir celui du XXIe. Le fordisme a contribué à bâtir l’État-providence. Musk le démantèle. Il prospère grâce à la dépendance tout en prônant la liberté. Ses voitures fonctionnent grâce aux subventions ; ses satellites dominent le champ de bataille ; ses réseaux sociaux entraînent l’IA qui nous entraîne.

Le « muskisme » se présente comme l’avenir, mais il renforce des hiérarchies séculaires. Il offre l’autonomie à certains et l’exclusion à d’autres. Il est pro-nataliste mais anti-immigrés, futuriste mais réactionnaire. Il parle d’humanité mais met nous en garde contre l’empathie.

Quinn Slobodian et Ben Tarnoff vont au-delà du battage médiatique et de la haine pour révéler ce que Musk représente réellement : une nouvelle économie politique, où être «libre» signifie servir un Technoking. Le «muskisme» ne concerne pas l’homme. Il concerne la machine qui l’a créé — et le monde qu’il est en train de façonner.

Si je n'ai pas encore eu la chance de lire Muskism, j'ai lu avec un vif intérêt un long article de Tardnoff et Slobodian intitulé What was Doge? How Elon Musk tried to gamify government, dans le journal The Guardian. Il s'agit d'une synthèse partielle de leur livre que j'ai traduit ici pour partager leur réflexion au sein du public francophone. Si je croyais avoir beaucoup lu sur Musk, il s'agit à mes yeux d'une contribution majeure pour éclairer les rouages du technofascisme dans sa version "muskiste".

Cette traduction a été facilitée par l'aide du logiciel de traduction automatique DeepL. J'ai relu attentivement le texte en apportant de nombreuses modifications et précisions pour m'assurer de la qualité du résultat final. Voici l'article complet de Tardnoff et Slobodian, et la version originale du Guardian se trouve ici.

Qu'était le DOGE? Comment Elon Musk a tenté de «gamifier» le gouvernement

Article de et , The Guardian, le 17 mars 2026.

«Imprégnés de la culture du jeu vidéo et des guerres culturelles de la droite, Musk et son équipe d'adolescents programmeurs se sont lancés dans une mission visant à vaincre l'ennemi des États-Unis : son propre peuple.

En 2025, lorsqu’Elon Musk a rejoint le gouvernement en tant que chef de facto d’une entité appelée «département de l’efficacité gouvernementale» (DOGE), il a déclaré que les gouvernements étaient des «grosses machines stupides» mal configurées. Au sénateur Ted Cruz, il a expliqué que «la seule façon de réconcilier les bases de données et d’éliminer le gaspillage et la fraude est de se pencher réellement sur les ordinateurs».

Le «muskisme» est arrivé à Washington imprégné de mèmes, de fanfaronnades adolescentes et de danses de victoire sadiques face aux licenciements massifs. À la tête d’une équipe de codeurs adolescents et de cadres intermédiaires issus de son groupe d’entreprises, Musk avait pour objectif de pénétrer dans le code source et de réécrire les réglementations et les lignes budgétaires de l’intérieur. Il allait entraîner de force la bureaucratie-paperasse dans le XXIe siècle numérique, en numérisant le contenu des salles caverneuses remplies d’armoires de classement et en intégrant les données dans un système interopérable unique. L’entreprise combinait les caractéristiques d’une restructuration menée par des fonds d’investissement privés avec la gestion d’une start-up, imprégnée de la sensibilité du jeu vidéo et de la guerre culturelle de droite. Pour réussir, il aurait besoin du «God view», une vue globale de l’ensemble.

Si la mission du DOGE était de «[moderniser] la technologie et les logiciels fédéraux afin de maximiser l’efficacité et la productivité du gouvernement», selon les termes du décret exécutif qui a lancé l’initiative le 20 janvier 2025, la réalité était un renforcement des capacités de surveillance de l’État. Au fil du temps, Musk s’était convaincu que les véritables bugs du code étaient les gens, en particulier les immigrants illégaux non blancs qu’il considérait comme des pions dans un complot libéral visant à corrompre la démocratie, et comme les bénéficiaires de ce qu’il appelait «l’empathie suicidaire». Il concevait l’empathie elle-même en termes de codage. C’était un «exploit» ou une vulnérabilité logicielle contre laquelle l’architecture du système devait être renforcée.

Le bureau de Musk était équipé d’une station de jeu dotée d’un écran incurvé surdimensionné, et le site web DOGE affichait un classement permettant de comptabiliser les coupes en temps réel. Mais derrière les blagues et les déguisements se cachait une conviction sérieuse. Si l’État n’était qu’une base de données, alors l’inefficacité provenait de données erronées : étrangers sans papiers, employés fantômes, voire des «vampires» percevant des prestations sociales. Il s’agissait de bugs dans le code source, d’irrégularités à tracer, mettre en quarantaine et purger. Musk avait revampé et reconfiguré Twitter pour en faire X. Pour lui, l’État américain n’était qu’un système de plus – un ensemble de données rempli de bugs à nettoyer et optimiser.

Appelons-le StateX. 

Le DOGE a marqué une nouvelle étape dans la relation de Musk avec le gouvernement. Ses entreprises s’étaient toujours nourries de subventions et de contrats publics, mais il est désormais entré au cœur même de l’État. Il l’a fait sous la bannière d’un mème. Le mot DOGE doit son nom au célèbre mème Shiba Inu, ainsi qu’à la cryptomonnaie qu’il a inspirée. Musk s’est surnommé le « Dogefather » et a utilisé un chien de dessin animé comme premier logo de DOGE. Musk se délectait de cette absurdité. «Le DOGE a commencé comme un mème », a-t-il déclaré en février 2025. « Maintenant, c’est réel. N’est-ce pas fou ?»

Pour expliquer le projet, Musk s’est tourné vers l’un de ses films préférés, Star Trek II: La Colère de Khan. Dans ce film de 1982, le capitaine Kirk remporte une simulation d’entraînement impossible à gagner, appelée Kobayashi Maru, en la reprogrammant. Le DOGE, a déclaré Musk, a adopté la même approche. Peu après le lancement du DOGE, il a expliqué que «la seule façon de réussir est de reprogrammer la matrice de telle sorte que le succès soit l’un des résultats possibles. C’est ce que nous faisons.»

Dans un SMS envoyé à un ami après sa première apparition en campagne aux côtés de Trump, il a réitéré son raisonnement: « Demain, nous libérons l’anomalie dans la matrice. » Musk avait déjà défié la logique des industries automobile et aérospatiale en bouleversant les acteurs en place : «SpaceX est une anomalie dans la matrice», a-t-il tweeté. Pourquoi ne pourrait-il pas faire de même au sein du gouvernement ?

L'approche désinvolte de Musk suggérait qu'il pensait que la tâche serait facile. Cela pourrait même être amusant – comme terminer un jeu en mode facile. Lorsqu’il a publié une photo de son bureau DOGE avec son équipement de jeu, on y voyait un portrait retouché de Pepe the Frog déguisé en gladiateur romain accroché au mur derrière son bureau. Il s’agissait de Kekius Maximus, un pseudonyme que Musk utilisait dans deux de ses jeux vidéo préférés, Path of Exile 2 et Diablo 4, auxquels il jouait tout en concevant et en mettant en œuvre le DOGE. 

Ces deux jeux appartiennent à un sous-genre connu sous le nom de «dungeon crawlers». On y explore des environnements labyrinthiques remplis de monstres, on s'enfonce dans des zones dangereuses, on affronte des vagues d'attaques menées par des essaims d'ennemis, et on nettoie une salle après l'autre en éliminant tous ses occupants. On comprend aisément comment de tels jeux ont pu influencer son état d'esprit. Il avait déjà purifié Twitter de la «woke culture». À présent, il allait pénétrer dans les donjons de Washington DC et éliminer ce qu'il appelait «le parasite woke au sein du gouvernement». 

Musk a parfois explicitement mis en avant la fertilisation croisée entre les domaines du jeu vidéo et du gouvernement. Quelques jours après la réélection de Trump, il a partagé une vidéo qui le montrait soi-disant en train de massacrer des hordes de démons dans Diablo 4. Il a ajouté un commentaire : «L’objectif de @DOGE est de faire un speedrunning pour remettre de l’ordre au sein du gouvernement fédéral.»

Le speedrunning est un sport spectaculaire populaire sur les plateformes de streaming en direct telles que Twitch, qui consiste à terminer un jeu, ou une partie d’un jeu, aussi vite que possible. Cela fait écho au style de gestion de Musk : il privilégie la rapidité dans ses entreprises, souvent en fixant des délais irréalistes et en poussant ses employés à fond pour les respecter. Il a lui-même invité à cette comparaison : «Faire un speedrun de Factorio dans la vraie vie…», a-t-il tweeté en septembre 2020, en référence à un jeu consistant à construire des usines.

Le speedrunning repose aussi souvent sur l’exploitation de failles. Certains jeux présentent des bugs qui permettent de sauter des niveaux, de traverser les murs ou de prendre d’autres raccourcis. D'autres sont vulnérables à l’« exécution de code arbitraire », une faille où du code personnalisé est injecté dans la mémoire d’un jeu pour en modifier le comportement. Les astuces considérées comme admissibles dans le speedrunning dépendent de la branche de la communauté à laquelle vous appartenez. «Any%» est un terme qui signifie que tous les bugs et toutes les failles peuvent être utilisés. 

Le speedrunnng du DOGE par Musk appartenait à la catégorie «any%». Ce que cela signifiait est devenu clair lors de la deuxième investiture de Trump. Quelques minutes après le début de la cérémonie, des programmeurs travaillant pour le Doge ont demandé l’accès aux systèmes informatiques du Bureau américain de la gestion du personnel. En moins d’une demi-heure, ils s’étaient emparés de fichiers contenant des informations sur des millions de fonctionnaires fédéraux. Quelques jours plus tard, ils ont également obtenu l’autorisation d’envoyer un e-mail à tous les employés fédéraux à partir d’une seule adresse. Ils ont utilisé ce pouvoir pour faire la même offre, dans les mêmes termes (objet: «fork in the road»), que celle que Musk avait faite sur Twitter des années plus tôt : démissionner avec un congé payé ou risquer d’être licencié.

Ce schéma s’est répété dans l’ensemble du gouvernement fédéral. S’exprimant par vidéoconférence lors du Sommet mondial des gouvernements à Dubaï en février 2025, Musk a annoncé son intention de supprimer des agences entières… Si vous n’arrachez pas les racines de la mauvaise herbe, a-t-il déclaré, celle-ci repoussera facilement.» Dès le début, Musk a fait de l’accès aux bases de données et autres infrastructures numériques une priorité pour le DOGE.

Il parlait souvent de la nécessité de «contrôler les ordinateurs», a déclaré une source au New Yorker. Ses représentants ont envahi les agences les unes après les autres, équipés d’ordinateurs portables dans leurs sacs à dos, transportant parfois des matelas pour y passer la nuit. Mettant en place des postes de commandement et de contrôle centralisés, ils ont déployé une stratégie qui peut se résumer ainsi: supprimer, automatiser et intégrer.

La logique de la suppression était particulièrement évidente dans le «zero-based budgeting» (ZBB), la méthode que Musk a adoptée tant chez Twitter que chez DOGE. Inventé dans les années 1960, le ZBB obligeait chaque service à justifier à nouveau chaque dépense plutôt que de reporter les budgets. Longtemps considérée comme irréalisable, les entreprises de la Silicon Valley affirmaient en 2024 que les nouvelles technologies avaient enfin rendu le ZBB faisable.

L'analyse et la justification manuelles de chaque poste budgétaire prenaient énormément de temps. Mais grâce aux grands modèles de langage (LLM) et aux outils comptables basés sur l'IA, ce processus pouvait être automatisé. Les budgets pouvaient être reconstitués par un bot. Selon Wired, Musk a pris le contrôle des systèmes informatiques du Bureau of Fiscal Service du Trésor américain dès le premier mois du DOGE, dans l’espoir de créer «un bouton “supprimer” qu’il pourrait utiliser contre n’importe quelle agence en coupant son financement à la source». Certaines agences, comme l’USAID, ont été de fait dissoutes, passées à la «déchiqueteuse», comme l’a dit Musk dans un tweet.

Le «zero-based budgeting» parvient rarement à réduire les coûts. Sous la houlette de Musk, son véritable effet a été la concentration du pouvoir. Son approche partait du principe que toutes les dépenses étaient du gaspillage et que les données indésirables – qu’il s’agisse de contrats frauduleux, de personnel inutile ou de personnes indésirables – pouvaient simplement être supprimées. Comme l’a fait remarquer le chercheur en médias Eryk Salvaggio, ce que le DOGE cherchait à automatiser, ce n’était «pas la paperasse, mais le processus décisionnel démocratique». L’efficacité est devenue l’alibi de la centralisation.

Cette centralisation s’est concrétisée dans l’approche du DOGE en matière de données, qui visait à regrouper toutes les informations du gouvernement dans un référentiel unique. Washington poursuivait le rêve de l’intégration des données depuis le Patriot Act post-11 septembre, mais le type d’unification numérique totale envisagé par le DOGE était sans précédent. Il a trouvé son expression la plus ambitieuse dans la tentative de rendre toutes les données des contribuables – y compris les noms, adresses, numéros de sécurité sociale, déclarations fiscales et informations sur l’emploi – accessibles depuis un seul portail.

L'analogie avec les plateformes de la Silicon Valley était délibérée. Uber disposait de sa «God View», permettant aux employés de suivre chaque course en temps réel. Lorsque Musk a racheté Twitter, il a exigé l'accès au «firehose» de la plateforme – le flux non filtré de toutes les activités des utilisateurs. Désormais, le même principe s'appliquait à l'État. Palantir, la société d'intégration et d'analyse de données de Peter Thiel, était un partenaire majeur de cette entreprise. L'entreprise a reçu plus de 113 millions de dollars de contrats gouvernementaux au cours des premiers mois de l'administration Trump pour des travaux visant notamment à faciliter l'intégration des informations provenant de différentes agences.

La mise en commun des données impliquait l’élimination des garde-fous juridiques et de protection de la vie privée qui existaient dans l’ensemble du gouvernement fédéral. Les silos ne sont pas nécessairement une mauvaise chose. Ce sont des espaces d’informations privilégiées. Les barrières entre eux peuvent constituer des garde-fous – des freins contre les abus, les détournements et la surveillance. Mais du point de vue du DOGE, ils constituaient des obstacles à l’intégration.

Cette intégration a également facilité l’introduction de logiciels d’IA, une autre priorité pour le DOGE. Pour former des modèles d’IA et les utiliser afin de remplacer les fonctionnaires fédéraux, les données devaient être centralisées et standardisées. Au ministère des Anciens Combattants, le DOGE a déployé un script d’IA pour annuler les contrats inutiles. (Le modèle a eu des ratés, confondant des contrats d’une valeur de quelques milliers de dollars avec ceux d’une valeur de plusieurs millions.)

Le DOGE a également utilisé l’IA pour repérer les termes «diversité, équité, inclusion (DEI)» dans les politiques et programmes gouvernementaux. Plus surprenant encore, en juillet 2025, les agents du DOGE ont annoncé le lancement de l’«outil de décision de déréglementation par IA», qui, selon leurs promesses, permettrait de supprimer 100 000 réglementations fédérales en six mois. Ils s’étaient engagés à économiser 93 % de la main-d’œuvre nécessaire à l’élimination des réglementations en automatisant l’aspect le plus chronophage: à savoir, l’examen des commentaires soumis par les citoyens américains. Ils se vantaient que des centaines de milliers de commentaires pouvaient être analysés par l’IA presque instantanément.

L'objectif ultime du DOGE était une gouvernance par l'IA : l'État non pas comme un espace de délibération, mais comme des lignes de code exécutables. Musk a renforcé cette prétention en portant un t-shirt «support technique» lors des réunions du cabinet, présentant ainsi son rôle en des termes apolitiques. Mais le projet était profondément politique. Le rêve du DOGE d’une omniscience des données allait au-delà de l’analyse coûts-bénéfices ou de la modernisation des logiciels – qui avaient été les mantras des administrations précédentes. Pour le DOGE, la chasse au «gaspillage, à la fraude et aux abus» se confondait parfaitement avec la chasse aux personnes illégitimes : des irrégularités à supprimer. Le «muskisme» ne se limitait pas à réduire les budgets. À l’échelle de la société, cela signifiait purger les personnes jugées indésirables.

Une fois que la gouvernance est devenue une question de code, la question suivante s’est imposée d’elle-même: quelles données étaient valides et lesquelles devaient être supprimées ? Pour Musk, les «bugs» ne se limitaient pas à un gaspillage d’argent ou à du personnel superflu, mais concernaient aussi des personnes suspectes. Au début de son mandat à la tête du DOGE, il a affirmé que des chèques de sécurité sociale étaient envoyés à des personnes décédées – une conclusion issue d’une mauvaise interprétation des données de l’agence.

Manquant d’expérience dans le domaine gouvernemental, son équipe a souvent eu du mal à interpréter les systèmes. Lorsqu’un journaliste lui a demandé de répondre à des critiques telles que celles de Bill Gates, qui affirmait que les coupes budgétaires à l’USAID coûteraient des millions de vies, il les a balayées d’un revers de main. Dans son jargon de codeur, «l’exploitation de l’empathie» n’était qu’un «bug de la civilisation occidentale» à corriger. Cela faisait partie intégrante de la pensée de Musk depuis des décennies. Selon une biographie de Musk, son frère Kimbal s’est mis à jouer au jeu pour smartphone Polytopia parce que Musk lui avait dit que cela lui apprendrait à devenir PDG. La première leçon était: «L’empathie n’est pas un atout.» La deuxième était : «Joue la vie comme un jeu.»

Considérer la vie comme un jeu avait sa propre philosophie et ses propres penseurs. Dans une théorie souvent citée par Musk, Nick Bostrom émet l’hypothèse que nous pourrions vivre, à l’avenir, dans une simulation fonctionnant sur un superordinateur. De plus, bon nombre des personnes qui nous entourent pourraient ne pas être des êtres humains, mais des programmes informatiques: ce que Bostrom appelle des «personnes-ombres» (shadow-people), des imitations convaincantes dépourvues d’intériorité.

Les conséquences éthiques sont considérables. Si nous sommes entourés de personnes-ombres, alors les appels à l’empathie ne sont pas des impératifs moraux, mais un code manipulateur. La réponse rationnelle consiste à s’armer contre tout sentiment humanitaire. L’économiste Robin Hanson est parvenu à cette conclusion en 2001 dans un article célèbre intitulé «How to Live in a Simulation». «Si vous vivez peut-être dans une simulation», écrivait-il, «alors, toutes choses égales par ailleurs, il semble que vous devriez vous soucier moins des autres.»

Cette vision du monde comme un code s'est facilement étendue à la politique. Musk a qualifié George Soros de «system hacker» qui finançait un « cauchemar de faux demandeurs d'asile », tandis que des ONG finançaient de «fausses manifestations» contre les concessionnaires Tesla. Le gouvernement fédéral était envahi par la fraude, a affirmé Musk. Cela s’inscrivait dans un plan plus vaste : les démocrates utilisaient cet argent pour faire venir en masse des immigrants sans papiers afin de «créer une majorité permanente – un État à parti unique». Il pensait qu’ils y parvenaient en « hackant» la loi sur l’asile. «Il suffit de prononcer la formule magique “Je demande l’asile” et c’est bon», a-t-il déclaré. «Aucune preuve n’est requise.»

Selon Musk, Biden avait ouvert la frontière. Les États-Unis «déroulaient le tapis rouge (à plus d’un titre) pour des cannibales meurtriers» et permettaient aux «clandestins» de voter – ce qui signifiait que «2024 serait probablement la dernière élection réellement décidée par les citoyens américains». La veille des élections, Musk a déclaré à Joe Rogan et à ses dizaines de millions d’auditeurs que des migrants étaient «littéralement acheminés par avion vers les États indécis», ce qui entraînait dans certains cas une « augmentation de 700 % » du nombre de résidents sans papiers. La frontière, a-t-il déclaré, «n’existe pratiquement pas».

Ces affirmations étaient fausses. La frontière n’était pas ouverte. Les demandeurs d’asile faisaient l’objet d’un contrôle rigoureux, et de nombreuses demandes étaient rejetées. Aucun non-citoyen, et encore moins de sans-papiers, n’était autorisé à voter, et les cas de fraude de ce type étaient extrêmement rares. Il n'y avait pas de cannibales. Une analyse de dizaines de milliers de tweets réalisée par Bloomberg a révélé que Musk était devenu «le plus grand promoteur de théories du complot anti-immigrés sur X». En 2024, il a publié plus de 1 300 tweets sur l'immigration et la fraude électorale, totalisant environ 10 milliards de vues.

L’alarmisme de Musk concernant les personnes indésirables s’est étendu au-delà des États-Unis. C’est au cours de ces mêmes mois qu’il a promu la revendication de l’extrême droite européenne en faveur de la «remigration» forcée de sa population immigrée. La remigration était l’équivalent humain du «zero-based budgeting»: faire table rase, supprimer les entrées redondantes ou illégitimes, et repartir à zéro.

La convergence entre le code et le nativisme était flagrante. L’acte d’intégration de données le plus déterminant du DOGE visait à accélérer les expulsions massives. En mars 2025, les agents de Musk avaient commencé à construire ce que Wired a qualifié de «base de données centrale » pour suivre les immigrés – en regroupant les dossiers du Département de la Sécurité intérieure, de l’IRS, de l’Administration de la sécurité sociale et des listes électorales. Cela s’inscrivait dans le cadre du contrat de 30 millions de dollars de Palantir avec l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) pour «ImmigrationOS», qui promettait une « visibilité en temps quasi réel » sur les non-citoyens.

Le mois suivant, le New York Times a rapporté que l’administration Trump avait ajouté des milliers de personnes au «fichier central des décès» de l’administration de la sécurité sociale, ce qui leur a coupé l’accès à leurs cartes de crédit et à leurs comptes bancaires. Un ancien commissaire a qualifié cela de «meurtre financier». L’objectif était d’étouffer la capacité des gens à gagner leur vie et de les forcer à «s’auto-expulser». Trump a également appelé à un recensement national qui ne compterait pas les résidents sans papiers, rompant ainsi avec le principe qui guidait la pratique américaine depuis 1790 – les exceptions étant les esclaves, comptés pour les trois cinquièmes d’une personne, et les Autochtones, qui n’étaient pas comptés du tout. Ce qui avait commencé comme un « soutien technique » aux bases de données gouvernementales s’est parfaitement intégré à une politique d’exclusion.

Avant et pendant son passage au DOGE, Musk a qualifié à plusieurs reprises ce qu’il faisait de «reprogrammation de la matrice». Mais que voulait-il dire ? Dans le film Matrix, un jeune hacker nommé Neo découvre que la vie est une simulation: les humains sont stockés dans des alvéoles biomécaniques comme des batteries pour une super-intelligence numérique qui les pacifie à l’aide d’une illusion. «Prends la pilule rouge», a tweeté Musk pour la première fois en mai 2020, faisant référence à la scène où Neo doit choisir entre voir la vérité (pilule rouge) ou rester dans une ignorance béate (pilule bleue).

Cette phrase est devenue un mot d’ordre de l’extrême droite du XXIe siècle. La pilule rouge catalyse la transformation de Neo, qui passe d’observateur passif à combattant actif. Prendre la pilule rouge ne consiste pas seulement à percer à jour la simulation, mais à la maîtriser. Le tournant décisif survient lorsque Neo apprend à reprogrammer la Matrice de l’intérieur, ce qui lui permet de vaincre les agents en costume noir qui traquent les anomalies.

À la fin du film, Neo a adopté un style interpersonnel effrayant. Si tout le monde vit dans une simulation, alors la vie de personne n’a d’importance. La séquence la plus dramatique du film met en scène Neo, vêtu d’un manteau, faisant des roues tout en abattant des dizaines d’ennemis, une arme à la main, le visage impassible. Mais ce ne sont pas plus des actes meurtriers qu’ils ne le seraient dans un jeu vidéo. Les victimes sont des personnes fictives.

Matrix est une référence pour la «manosphère», une communauté en ligne prônant fièrement la suprématie masculine et la misogynie. Musk a parfois été décrit comme faisant partie de ce groupe. Il a en effet été accueilli par des leaders de la manosphère tels qu’Andrew Tate, qui avait auparavant été banni de Twitter, avant d’être réintégré par Musk. Lors d’une conversation en ligne avec Musk, Tate a déclaré que le rachat de la plateforme de réseaux sociaux avait «fissuré la matrice en temps réel et qu’il devenait désormais extrêmement difficile de mener les opérations psychologiques qu’ils menaient auparavant et d’asservir la population, ce qui est leur objectif principal».

Il existe pourtant une différence fondamentale mais importante entre Musk et la «manosphère». Tate parle de la nécessité de briser la matrice ou de s’en échapper. Musk est l’une des rares figures à considérer la matrice non pas comme le problème, mais comme une partie de la solution. Le «muskisme», en fin de compte, consiste à construire une meilleure matrice.

C’est ce que Musk essayait de faire avec le DOGE, en combinant les qualités ludiques du jeu vidéo avec la crainte de l’infiltration et une tentative de rénovation de la gouvernance par le codage. En avril 2025, il a donné un sens littéral à cette analogie en publiant une image de lui-même en Neo brandissant deux mitraillettes dans le hall de la CIA. Mais reprogrammer la matrice n’était pas aussi facile qu’il l’imaginait.

Musk a quitté le DOGE fin mai 2025 après son mandat de 130 jours en tant qu’ « employé spécial du gouvernement », non pas avec des lunettes de soleil, mais avec un œil au beurre noir (qui lui aurait été infligé par son enfant en bas âge). À ce moment-là, le site web du DOGE revendiquait 170 milliards de dollars d’économies. Une enquête du Financial Times n’a pu vérifier «qu’une infime partie de ce chiffre». Après l’adoption en juillet 2025 des généreuses réductions d’impôts pour les riches prévues dans le One Big Beautiful Bill de Trump, ces économies ont été complètement effacées. Le DOGE est devenu ce que Musk a qualifié de «bouc émissaire» pour toutes sortes de mécontentements publics. Les ventes de Tesla ont chuté, tout comme la popularité de Musk.

D’une certaine manière, le DOGE a mis en évidence les limites du «muskisme» en tant que mode de gouvernance. Les entreprises peuvent traiter les travailleurs comme des unités jetables parce que l’État qui les entoure garantit leur existence de base. Musk avait impitoyablement licencié des employés dans ses propres entreprises et habilement exploité les failles du droit du travail, mais en cherchant à procéder à de véritables coupes budgétaires au DOGE, il s’est heurté au fragile contrat qui est au cœur de la vie américaine – appelé à tort «droits acquis», mais qu’il vaut mieux comprendre comme l’infrastructure de survie de plusieurs millions de personnes. Alors que les Américains exprimaient leur colère face à la perte, redoutée ou réelle, de l’accès à la sécurité sociale et aux prestations de Medicare, la réputation de Musk en a pâti.

Musk avait imaginé le DOGE comme la concrétisation du rêve d’une technocratie réactionnaire, dans laquelle les ingénieurs disciplineraient la société comme dans un atelier d’usine. Mais la société n’est pas une usine. Elle englobe les enfants, les personnes âgées, les personnes handicapées, celles qui sont géographiquement isolées – toutes ces catégories de la vie que les marchés définissent comme excédentaires. En tentant d’imposer une logique cyborg d’optimisation, Musk a découvert que les humains n’étaient pas des unités programmables, et que le rôle du secteur public est précisément de fournir des biens que le secteur privé ne peut ou ne veut pas fournir. La fusion entre base de code, entreprise et État n’a pas fonctionné.

Sous un autre angle, bien sûr, c’est l’État qui s’est servi de Musk. L’entourage de Trump s’est appuyé sur Musk pour mener une guerre contre les domaines «woke» de l’enseignement supérieur, de l’aide étrangère et de la recherche scientifique sous le prétexte de l’«efficacité», tout en s’attaquant à l’État administratif et en terrorisant les fonctionnaires fédéraux. Le DOGE a également donné un petit coup d'essai contre l'État-providence pour voir comment le corps politique réagirait.

Lorsque la résistance s’est intensifiée, Musk a endossé la responsabilité, mais bon nombre des changements sont restés en place. Le plus important fut sans doute l'élargissement des capacités de surveillance intérieure du gouvernement fédéral, rendu possible grâce aux efforts du DOGE en matière d'intégration des données. En ce sens, le «muskisme» s'est révélé non pas une philosophie de gouvernement, mais une boîte à outils à la disposition de ceux qui gouvernent.

La fin du DOGE peut donc être interprétée de deux manières. L’une est personnelle: la surestimation de Musk, son incapacité à transformer son capital de célébrité en co-direction de l’État. L’autre est structurelle : l’implantation plus profonde de sous-traitants tels que Palantir dans les rouages du gouvernement. Malgré tout le feu d’artifice de la querelle avec Trump qui s’est déroulée après le départ de Musk de Washington, les entreprises de Musk ont continué à se voir attribuer de nouveaux contrats avec le Pentagone. En juillet 2025, la société de Musk, xAI, a annoncé avoir conclu un contrat avec le ministère de la Défense pour sa suite de produits d’IA «Grok for Government». Cela s’est produit le jour même où la société a présenté «Ani», un compagnon IA animé capable d’engager des conversations sexuellement explicites. Résumant la situation, un titre disait : «Grok lance un compagnon anime pornographique et décroche un contrat avec le ministère de la Défense.»

En 2026, les thèmes centraux du «muskisme» sont plus visibles que jamais. En février, xAI a signé un accord pour déployer son bot IA Grok sur des réseaux militaires classifiés – juste à temps pour la guerre américano-israélienne contre l’Iran. En mars, un ancien employé du DOGE, âgé d’une vingtaine d’années, qui avait démantelé le Bureau de protection financière des consommateurs et retweeté Nick Fuentes, apologiste nazi, a été nommé directeur des données en charge de l’IA au ministère de la Guerre. Pendant ce temps, la Maison Blanche publie sur X des vidéos de propagande mêlant jeux vidéo, mèmes et images réelles de drones filmées sur le champ de bataille. La frontière entre pouvoir numérique et pouvoir politique, entre jeux vidéo et gouvernement, entre speedrunning et art de gouverner, a disparu. Bienvenue dans la vie sous le «muskisme».